Nuit d’ivresse par Christy Saubesty – extrait

nuits400

Résumé : Inès vit difficilement sa récente rupture amoureuse. Pas évident d’encaisser que l’homme avec lequel elle a vécu pendant presque trois ans préfère les femmes dominatrices, les vraies, ce qu’elle n’est absolument pas.
Invitée à une soirée entre filles par une de ses collègues afin de lui changer les idées, Inès se laisse griser par l’ambiance et l’alcool. Mais en acceptant de participer à un drôle de jeu où chaque perdant doit piocher un gage dans une boîte mystérieuse, elle n’avait pas prévu de faire des folies de son corps avec un superbe métis sexy en diable…

***

Assise au bar, un cocktail à la main, Inès s’efforçait de retenir ses larmes.

Elle n’aurait jamais cru mettre un jour les pieds dans un endroit pareil, mais elle n’avait pas vraiment eu le choix. L’ambiance était feutrée et plutôt agréable, le barman souriant et discret, les chaises et fauteuils couverts de tissu léopard. Une belle piste de danse en bois lustré entourée de banquettes confortables trônait au milieu de la salle. Deux podiums surélevés se dressaient à chaque extrémité. L’un présentait une grande cage métallique, l’autre une barre de pole dance où une superbe créature ondulait comme un serpent à s’en désarticuler les hanches. L’endroit était assez intimiste, pour tout dire.

Inès avait dû se faire violence pour entrer ici et suivre Ethan. En couple depuis bientôt trois ans, jamais leurs jeux sexuels n’avaient laissé supposer que celui qu’elle considérait toujours comme l’amour de sa vie préférait les femmes dominatrices, le genre catwoman, panoplie en cuir, fouet et menottes incluses.

La jeune femme porta son verre à ses lèvres et but la moitié du breuvage d’une traite.

Une petite semaine plus tôt, elle avait odieusement fouillé dans les mails d’Ethan pendant qu’il était sous la douche. Depuis quelque temps déjà, la jeune femme avait remarqué des changements chez lui. Pas immenses, certes, mais assez troublants pour l’obliger à se poser les bonnes questions. Ils avaient tous les deux des boulots parfois stressants, aux horaires fluctuants, et souvent, un réel besoin de s’échapper dans une bulle privée les appelait, mais découvrir que son chéri avait des rendez-vous réguliers avec une certaine Dame Sorsha lui avait glacé le sang.

Une rapide recherche sur Internet avait permis à Inès de découvrir que ladite Sorsha était ce qu’on appelait dans le jargon de ce milieu une Domina – une dominatrice. Propriétaire d’un club privé libertin offrant des soirées à thèmes, cette Sorsha tenait également un forum accessible aux seuls membres du club, mais le pseudo d’Ethan – celui qu’il avait créé pour leurs conversations privées sur Skype – y était enregistré.

Au comble de l’horreur, Inès s’était connectée avec les identifiants de son conjoint… et avait constaté l’ampleur de ce passe-temps d’un genre à part. Ethan était membre depuis plusieurs mois et y dévoilait, entre autres, des photos de lui quasiment nu, un bâillon-boule dans la bouche et des pinces métalliques accrochées aux mamelons. Inès n’était pas totalement innocente et savait pertinemment que des pratiques un peu rudes – sexuellement parlant – existaient, mais Ethan s’était toujours montré si tendre, si doux, si prévenant avec elle…

Pour se fondre dans la masse avant de venir ici, Inès avait acheté des vêtements plus typés que ceux qu’elle avait l’habitude de porter. Tailleur jupe droite dont elle avait enfilé le blazer à même la peau – ce qui n’était pas spécialement flatteur pour son décolleté manquant de reliefs –, chignon sophistiqué mettant en valeur l’ovale délicat de son visage, maquillage accentuant l’expression de son regard brun et, accessoire incontournable, des talons aiguilles.

Elle en était à son second cocktail et toujours aucune trace d’Ethan ni de la sulfureuse Sorsha.

À ce moment-là, un homme se plaça sur la petite estrade et annonça dans un micro que le spectacle allait commencer. Le cocktail d’Inès fut soudain mu d’une volonté propre et tenta de remonter dans son œsophage. Elle savait quel genre de spectacle serait donné ce soir. Sur le site, il était noté en rouge que chaque vendredi à partir de 21 heures c’était « Réel BDSM ». Malgré la nausée, Inès avala ce qui restait de son cocktail, repoussa son verre vide et se tourna vers la scène.

Une plantureuse femme apparut, vêtue d’une jupe en cuir minimaliste et d’un bustier assorti taillé si petit qu’elle ne pouvait sans doute même plus respirer. Elle tenait en laisse un homme cagoulé, nu, et dont l’enthousiasme ne pouvait échapper à personne. Sorsha – car de toute évidence, c’était elle – le mena jusqu’à la cage où il s’agenouilla, sa glorieuse érection offerte à la vue de tous. La tache de naissance parfaitement visible sur la cuisse de l’homme ne prêtait pas à confusion : c’était Ethan.

Pour être tout à fait honnête avec elle-même, Inès devait bien reconnaître qu’il n’avait jamais manifesté une forme pareille dans l’intimité de leur chambre. Elle en conçut une émotion proche de la honte, comme si c’était sa faute si son compagnon avait dû chercher son plaisir ailleurs…

Inès se força à regarder le spectacle. La Domina avait retiré la cagoule d’Ethan et exerçait maintenant une totale autorité sur lui. Il exprimait un désir impudique et cru qui, bien que la situation fût atroce pour Inès, l’excitait autant qu’elle la choquait. Cependant, quand la maîtresse se munit d’un gode-ceinture, qu’elle l’enduisit généreusement de lubrifiant sous le regard sauvage et impatient d’Ethan avant de se placer derrière lui, Inès préféra jeter l’éponge et sortir de cet endroit. Elle en avait assez vu.

Elle salua distraitement le barman et demanda qu’on lui rende son sac à main, tout cela sous les gémissements sans équivoque de celui qui fut l’homme avec lequel elle avait pensé finir ses jours… Ce vœu ne serait jamais réalisé. Inès se savait incapable d’offrir à Ethan ce qui semblait tant lui plaire. La gorge serrée et les joues baignées de larmes amères, la jeune femme s’échappa littéralement du club et se résigna à rentrer chez elle.

Seigneur… elle n’avait même plus de chez elle, désormais.

Tous droits réservés, Christy Saubesty et les Éditions Numeriklivres, 2013.

Capture d’écran 2013-11-08 à 15.44.40

Également disponible depuis les librairies en ligne suivantes 

NosLibrairies

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s