Louis dans mes rêves par Aline Tosca – extrait

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Résumé : Louis est un personnage romanesque fort. Mais qui est cet homme ? Un rêve ? Un désir ? Une obsession ?
C’est l’homme aux yeux verts, l’homme du bout du monde. L’homme d’hier et celui d’aujourd’hui, car demain lui appartient. C’est un nomade armé de sa seule guitare. Il fait entendre sa voix et chavirer le cœur des dames. Parfois, l’histoire est érotique, parfois, elle est terriblement romantique.
Louis, c’est Indiana Jones. L’aventurier des temps modernes. Un héros. Une star dans le regard de sa groupie. Il est l’homme magique, sauvage, libre (et beau) auquel songent toutes les femmes. Il est l’être idéal, idéalisé, de l’imaginaire collectif féminin. C’est le Gérard Philippe d’aujourd’hui. Rien ne l’attache. Rien ne le retient. Pourtant, il lui arrive de s’attarder…
Vous ne vous endormirez plus sans imaginer que vous êtes dans les bras de cet homme…
À lire, sans que cela revête un caractère obligatoire, en parallèle avec Un homme, sur la photo.

***

1 — Fantasme

Embrasse-moi Louis. Plonge tes mains douces de guitariste dans mes cheveux longs. Entoure de tes bras ma tête inclinée en arrière. Un regard enjôleur délie les souvenirs inachevés. Tes yeux verts et mon sourire. Joue tes harmoniques dans mon cou dépendant. Fais vibrer tes arpèges dans le creux de ma mémoire.

Louis regarde-moi. Serre mes épaules et ma taille comme tu aimes ta guitare.

Qu’on ne me parle pas. Ce moment je veux le vivre. Qu’on me laisse… ça ne va pas durer longtemps. Je promets de redevenir la même ensuite.

Le moment où je me retrouve face à toi par hasard, dans ce secrétariat. Après tout, tu fus élève ici. Et quand je surveille la cour, je marche dans tes pas. Machine à remonter le temps. Mille ans que ça dure.

Souris-moi Louis. Fais fondre mes éveils, annihile mes rébellions. Je me gorgerai d’une soumission éphémère. Je me tendrai dans un mouvement électrique.

Tes yeux ma partition. Et mes rêves de jeune fille.

Ma main sur la part plus épaisse de ton bras. Ma main attrape la maille de ton tricot, palpe la chair offerte. Main de femme sur ton bras d’homme. Des mots amoureux happent tes notes harmonieuses.

Mes yeux ouverts sur une vision. Regard musicien, personne ne me retient. Ne dis pas. Je sais où retrouver ta voix. Voie de ta voix. Dans une radio.

Embrasse-moi Louis. Tes yeux sont dans ma symphonie, mon histoire et mes fantasmes. La chanson de ton sourire.

Alors quand tu me reviens au détour d’une image inventée, nous jouons dans ce film la première scène. Inlassables.

Passe tes bras autour de mes trêves, mes jardins et mes fleurs. Tu ne risques rien. Ensemble nous sommes des personnes gentilles. Tes bras dans mes minutes volées. Quelques secondes en suspens avant la réalité.

Vous voyez, ça n’a pas pris un temps fou, je suis de retour, identique. Un simple regard vert dans mes archives.

2 — Cinéma

La salle est sombre. L’obscurité a envahi l’espace. Le cinéma a été rénové récemment et… J’ai quinze ans depuis peu. L’adolescence me va bien. On dit que je suis douce, jolie, gaie. Qu’est-ce à dire ? Suis-je harmonieuse ? Je me sens bien – chose rare à mon âge –, mais je dissimule une timidité incommensurable. J’ai l’âge des paradoxes.

Mon amie Patricia a choisi un fauteuil à côté du mien. Une bonne partie du lycée doit se trouver dans ce cinéma ! Tous les élèves sont plongés dans le noir ! Ils regardent défiler les extraits et les publicités, en discutant… en discutant un peu fort. La lumière revient. Mes yeux myopes sont douloureux. J’ai cette petite coquetterie de ne pouvoir me résoudre à porter publiquement les lunettes qui trônent sur les livres de ma chambre. Les immenses yeux céruléens de Patricia me sourient. Elle repousse d’un geste léger une agaçante mèche claire.

Deux rangs derrière moi, je distingue la voix si gentille de Louis. Je ne me retourne pas, je devine. Yeux verts (la couleur des olives sur l’arbre), un mètre quatre-vingt-deux, cheveux noirs.

À nouveau l’obscurité noie la plus grande salle du cinéma Lumière. Le film démarre. Gandhi. Le choix des professeurs. Qui sait combien d’élèves dans la salle, mis à part Patricia, moi, et peut-être Louis, seront captivés par une histoire si complexe ?

Le film est commencé depuis vingt minutes lorsqu’une silhouette géante s’approche de moi. Une frayeur étrange m’assaillit… Mais ce n’est que Louis ! Le fauteuil à ma gauche est vacant. Il s’y installe. Je suis la plus heureuse des filles de quinze ans !

Dans cette salle ténébreuse, il me fait ce merveilleux cadeau de me faire croire à un coup de foudre. Sa voix me dit mille mots de velours. Il me susurre des litanies amoureuses, comme si exprimer les choses une fois ce n’était pas suffisant. Cependant, j’éprouve une angoisse envahissante, indicible, inextinguible. Je me lève, je promets : « je reviens ! » Sur le côté, les portes battantes. Je les franchis. Dans le couloir, il fait nuit noire. Je suis sûre qu’au fond se trouvent les toilettes, mais… où est le fond ? J’avale ma salive, acide, âcre. Ma gorge n’en demeure pas moins sèche.

Où que j’aille, j’ai peur. D’une part, Louis (et j’ai l’intime conviction de regretter déjà de ne pas le rejoindre), de l’autre le néant, avec ses monstres, ses fantômes d’acteurs qui errent sans trouver l’écran…

Je me sens si petite, presque fragile, j’aimerais que l’on vienne à mon secours, que l’on fasse ce choix à ma place… J’aimerais avoir dix ans de plus… au moins. Lors, j’irais vers Louis, je vivrais ma belle aventure, mon premier flirt.

Pour l’heure, j’imagine des hommes terrifiants, des présences surnaturelles dans ce tunnel opaque. Je tâtonne. Pas d’interrupteur. Mes prunelles acclimatées perçoivent une fine lueur en provenance des portes battantes de la salle. Finalement, je décide de regagner ma place. J’ai dû tergiverser longtemps, car le film ne m’a pas attendue.

Tremblante, j’ouvre mon fauteuil. Je m’assieds. Mon premier regard est pour la chevelure blonde de Patricia. Mon second, pour le fauteuil vide à ma gauche. Le film ne m’a pas attendue ? Louis non plus. J’ai tant tardé… L’impatience ? Possible… Soulagée, je me concentre sur le film. Tant pis, je verrai Gandhi à une autre occasion.

L’ombre totale s’efface pour l’éclairage. Je scrute furtivement la pièce pour retrouver Louis. En vain.

Il est sorti tôt. Je l’ai déçu à m’enfuir sans explication, sans livrer mes sentiments compliqués. Il eût été préférable de me confier à lui. Est-il trop tard ?

Demain, je lui parlerai. Il saura à quel point il m’est précieux, je lui conterai ses yeux limpides, ses cheveux de jais, sa peau laiteuse. Je lui dirai mon goût pour ses mots fluides, sa douceur, sa culture musicale.

Je lui donnerai du courage en lui prédisant un avenir de grand journaliste. Demain est un autre jour.

Je sors du cinéma. À l’instar de Louis, je n’ai pas vu la moitié de la séance. Cela me va bien d’avoir médit des autres lycéens…

Tous droits réservés. Aline Tosca et les Éditions Numeriklivres 2013.

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