L’Apocalypse de Jean aura bien lieu par Max Gilmont – extrait

jean400

Résumé : Le monde entier a le regard tourné vers l’accélérateur de particules franco-suisse. Ce bijou de technologie de 30 km de long et de 10 milliards d’euros va enfin prouver l’existence de la « particule de Dieu », et permettre de comprendre l’origine de notre univers.  Arnaud, le responsable de la sécurité de la petite base de Saint-Génis, assiste à l’événement, mais l’expérience tourne au cauchemar. Au moment fatidique, Pierre, l’observateur du Vatican, a le front perforé par un faisceau d’énergie, échappé accidentellement de la machine. Dans sa main, Arnaud trouve un morceau de papier qui décrit une prophétie datant de 2000 ans : Le Codéum.  Désormais, le compte à rebours est déclenché ; une course s’engage entre le Vatican et le monde scientifique, avec pour enjeu l’avenir de l’humanité tout entière. Et en toile de fond : l’Apocalypse !

***

France, Saint-Genis-Pouilly, aujourd’hui

Les LED électroniques du réveil indiquaient six heures. Les bips stridents ricochaient sur les murs. Leur cible : un homme nu, paupières closes. Il gisait là, sur le carrelage froid. Sa peau diaphane laissait entrevoir le dessin de ses côtes. Il priait, plongé dans une transe mystique. L’écho de la sonnerie trouva enfin un chemin dans sa tête ; une brèche s’ouvrit dans sa petite mort. Sa cage thoracique se gonfla d’un souffle. Il s’éveilla. Pierre contracta imperceptiblement ses muscles ; son sang circula dans ses membres frigorifiés. Il s’assit sur le carrelage, puis s’appuya sur le bord du lit pour atteindre la lampe de chevet. Une lumière pâle jaillit de l’ampoule incandescente qui éclaira faiblement son logement. Pierre se leva et prit une profonde inspiration ; une douleur aiguë irradiait sa colonne vertébrale. Il serrait ses mâchoires.

Dieu serait miséricordieux après une telle pénitence, pensa-t-il. Son regard glissa dans l’espace où il vivait depuis six mois. Son meublé était constitué d’une unique pièce, avec pour mobilier : un lit de camp accolé au mur, une table de nuit et un coin toilette. Pierre aurait pu obtenir autre chose qu’un si piètre logement, mais la simplicité monacale de l’endroit avait conquis son côté ascétique. Il s’avança vers le lavabo surmonté d’un miroir. En passant, il appuya sur le bouton du réveil qui crachait toujours ses banderilles sonores inutiles. Le silence qu’il aimait se fit.

L’eau glacée jaillit en un jet puissant lorsqu’il tourna la molette de l’unique robinet. Pierre s’en aspergea copieusement le visage. Les gouttes dégoulinaient sur sa peau bleutée. Il eut un mouvement de recul, découvrant son reflet. Sur son visage émacié, de nouvelles rides sillonnaient ses joues, encadrant des yeux gris vert globuleux qui semblaient encombrer toute sa face.

Pierre passa le gant sur ses cheveux châtain clair, d’une longueur d’à peine deux millimètres sur son crâne. Il acheva sa toilette de chat, puis enfila un pantalon de toile noir, une chemise épaisse, et une veste de clergyman assortie. Il ouvrit la porte. Avant de franchir le seuil, il palpa instinctivement sa poche poitrine. Un bruissement de papier répondit aux frottements de sa main. La prophétie annonçant la catastrophe était toujours là. Le grand jour serait-il pour aujourd’hui ? Il haussa les épaules et traversa rapidement les circulations désertes du petit immeuble voué à la destruction.

Un vent glacial accompagna sa sortie sur la rue.

Il marqua un temps d’arrêt sur le pas-de-porte, observant la ville qui se déployait devant lui. La bourgade de Saint-Genis-Pouilly, implantée au cœur de la plaine gessienne, était encore endormie. Une fine pluie de septembre fouettait les tristes maisons. Les réverbères projetaient des ombres étranges sur les façades grises. Il devait parcourir un kilomètre pour atteindre son lieu de travail. Pierre hésita un instant, et se décida à remonter la rue de Gex jusqu’au feu de la salle culturelle qui faisait l’angle du grand carrefour. Au bout de quelques appuis sur le trottoir, sa chaussure ripa sur une plaque de terre boueuse, le déséquilibrant ; il évita la chute in extremis. Les travaux de réfection de voirie qui éventraient la rue principale et tout le centre n’en finissaient plus. La chaussée ressemblait à un vaste champ de bataille abandonné par les ouvriers. Des intempéries inhabituelles et d’une rare violence avaient stoppé les travaux de réhabilitation. Les éléments se déchaînaient ; était-ce un signe de Dieu, ou bien du Diable ?

Pierre pressa le pas, chassant la vague de désespoir qui l’envahissait. Malgré l’apparente laideur de la ville, les six mille âmes avaient vu leur vie et leur environnement se transformer profondément depuis une quinzaine d’années. Le responsable de ce développement portait un nom : le LHC – le grand collisionneur de hadrons. Un accélérateur de particules où les atomes entraient en collision pour libérer leur énergie primordiale. Sa forme en anneau s’étendait sur vingt-sept kilomètres de tunnel, sous le sol suisse et français. Du côté de l’hexagone, Saint-Genis-Pouilly bénéficiait d’une base expérimentale qui avait transformé le village en une grosse bourgade bourgeoise où les euros coulaient à flots. Il chassa de son esprit la ville et ses habitants. Qu’ils aillent tous au diable, marmonna-t-il pour lui-même. Après deux cents mètres d’efforts, Pierre dépassa la médiathèque archi-neuve qui indiquait la fin programmée de son calvaire. La tempête redoublait de violence. Il ne lui restait plus que quelques minutes de marche avant d’arriver à l’une des six bases, gérées par le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), qui jalonnaient l’anneau. Pressant le pas, son cerveau brancha ses jambes en pilotage automatique ; d’anciens souvenirs l’envahirent. Le temps passé dans la garde suisse lui paraissait si lointain… Caporal dans la prestigieuse garde pontificale ! Sa grande piété et le parrainage appuyé de Monseigneur Eccevarria lui avaient permis d’atteindre son rêve. Le serment prononcé le 6 mai 1999 représentait pour lui une fierté immense. À l’évocation de ces souvenirs, son corps se détendit. Son pouce, son index et son majeur représentant la Sainte Trinité se dressèrent inconsciemment. Ses lèvres mimèrent les mots prononcés dans la cour de San Damaso au Vatican.

Moi, Pierre AMIEL, je jure d’observer loyalement et de bonne foi tout ce qui vient d’être lu, aussi vrai que Dieu et mes Saints Patrons m’assistent .

À cet instant précis, il était devenu l’un des soldats protecteurs de Sa Sainteté le pape. Sa dévotion pour Saint José Maria et sa participation zélée aux apostolats de la prélature l’avaient fait repérer auprès des plus hautes instances cléricales. Aujourd’hui, il était un espion du Vatican, isolé, investi d’une mission quasi divine. Mais il se serait bien passé de travailler dans l’antre de Satan lui-même… C’est Mgr Xavier Eccevarria, son oncle et ami de la famille, qui avait proposé sa candidature à Mgr Baduli, le responsable charismatique du service secret du Vatican : le SIV (Service d’Information du Vatican). Mgr Baduli lui avait donné une mission qui se résumait en une phrase : surveiller le LHC et lui rapporter tout ce qui s’y passait.

L’ombre familière du bâtiment du CERN surgit dans la nuit. Il touchait au but. La bâtisse ressemblait à un iceberg, une citadelle de béton, enterrée, dont on ne pouvait voir qu’une infime partie de l’extérieur. Il s’arrêta. La pluie jetait un écran opaque devant l’entrée, réveillant son malaise. Il devait y aller. Il monta les marches glissantes, comme s’il portait le poids du monde sur ses épaules. Les portes automatiques s’effacèrent devant lui. Une lumière chaude jaillissant des plafonniers l’accueillit. Des bouches invisibles soufflaient de l’air brûlant contrastant avec le froid extérieur. Pierre se trouvait dans un gigantesque hall fait d’acier et de verre, qui aurait pu contenir un porte-avions. Immobile, il n’avait fait que quelques pas à l’intérieur de la base ; mais, comme toujours depuis son arrivée, il enveloppa l’espace d’un regard circulaire en ayant la même appréhension chevillée au corps. Cinq agents en uniforme, disséminés dans la base, se tenaient immobiles, une arme automatique sur la hanche. Derrière une banque d’accueil immense plantée au milieu de l’imposante salle, une brune aux cheveux longs lui faisait des petits signes amicaux. Pierre se décida à parcourir la distance qui le séparait de cet îlot perdu dans un océan de marbre.

— Bonjour, M. Amiel.

Hésitant, il fit un pas, s’extirpant de la flaque qui s’était formée instantanément à ses pieds.

— Bonjour, Mlle Rivière.

— Sale temps, n’est-ce pas ?

— Mmmh.

Alice se contenta de la réponse.

— Tenez, dit-elle en lui tendant une serviette éponge, sortie prestement de sous son bureau.

Pierre s’en saisit. L’œil d’Alice brillait d’un certain amusement en le voyant s’essuyer avec une minutie risible. Ce n’est qu’un cul béni coincé, et un puceau de surcroît, pensa-t-elle. Ses lèvres étaient pulpeuses et marquées par un rouge à lèvres carmin impressionnant, qui montrait à lui seul que leur philosophie de vie était diamétralement opposée. Un fard abondant donnait des couleurs à ses joues, et ses yeux pétillants étaient entourés d’un trait noir appuyé. La sensuelle Alice croquait chaque jour à pleines dents. Elle aimait la vie. Pierre évitait son regard, continuant son séchage méthodique. Alice s’en amusait ; elle gonfla ostensiblement sa poitrine en signe de provocation. À chaque rencontre avec la jeune hôtesse, un verset de l’apocalypse de Jean revenait à la mémoire de Pierre : La femme était vêtue de pourpre et d’écarlate et chamarrée d’or, de pierres précieuses et de perles, avec une coupe d’or à la main, pleine d’horreurs, et des impuretés de la prostitution, et sur son front un nom écrit, un mystère…

Alice était une habitante de la ville, recrutée en qualité d’hôtesse d’accueil. Elle s’était battue avec acharnement pour obtenir ce poste, parmi toutes les postulantes. Alice était convaincue que le destin lui faisait un signe, que ce job était pour elle. Son prénom n’était-il pas celui d’un des programmes développés par le CERN à St-Genis ? Le projet ALICE (A Large Ion Collinder Experiment) : cette expérience proposait de recréer ce qui s’était passé à la naissance de l’univers, au moment du big-bang, il y a 15 milliards d’années. Du moins, c’est ce qu’elle en avait retenu. Alice savait qu’elle avait une réputation de femme facile ; elle n’en avait cure ; elle l’entretenait même. Les hommes ne savaient rien, rien de son passé douloureux, enfoui en elle, un passé qui la menaçait, tapi dans l’ombre de son âme… Soudain, la tempête s’engouffra dans le hall. De concert, les regards d’Alice et Pierre convergèrent vers l’entrée.

— Bonjour, Alice, bonjour à tous.

La voix tonitruante résonna dans tout le hall. Les vigiles lui firent un signe timide de leur poste de garde. L’athlétique Arnaud leur adressait de grands gestes ; il était populaire dans ce que les autorités appelaient le point deux, où il travaillait depuis dix ans. Arnaud était vêtu d’un pantalon de toile et d’une chemise à manches longues ; posé sur son bras, un imper détrempé. Décontracté et charmeur, Arnaud avait conquis la base et tous ses occupants, du balayeur au directeur. D’un pas triomphal, il semblait traverser une haie d’honneur invisible.

Arnaud poussa Pierre sans ménagement, et passa sa main derrière la banque, chipant prestement une serviette sur la pile. Au passage, il frôla volontairement les seins d’Alice.

— Ho.

Une vague de chaleur empourpra son visage. Elle recula sur son siège, mi-vexée, mi-surprise.

— Tu ne t’es pas ennuyée sans moi ?

— Ça ne fait qu’une heure que tu es parti, dit-elle, amusée.

— J’avais besoin d’un petit noir avant de redescendre dans l’antre du Diable.

Il donna un coup d’œil entendu en direction de Pierre.

— Tu es sublimement belle, poursuivit-il en essuyant rapidement son visage ruisselant.

Arnaud plongeait sans vergogne ses yeux gris dans le soutien-gorge offert à sa vue. Il s’approcha de son oreille, et susurra.

— Tu es la femme la plus excitante de la base.

Alice piqua un fard devant le bellâtre d’un mètre quatre-vingts au corps de mannequin. Il pencha son visage hâlé par les lampes vers Alice, et embrassa ses lèvres sous les yeux horrifiés de Pierre.

Alice le repoussa doucement. Il en faisait un peu trop.

— Tu es en pleine forme malgré ta nuit blanche !

— On se verra ce soir, au banquet qui va clôturer notre succès d’aujourd’hui ?

— Oui, bien sûr. Mais tu devrais te dépêcher ; un des grands patrons t’attend dans ton laboratoire.

— Tu sais qui c’est ?

— Il a passé le contrôle sans venir me voir…

— On ne peut jamais s’absenter ! dit Arnaud, soudainement sérieux.

Il s’arracha aux promesses d’Alice et s’adressa à Pierre.

— Allons rejoindre le reste de la troupe et le grand manitou. Il lui administra une tape familière sur l’épaule.

— Tu t’amènes ; on va finir par être en retard.

Pierre le retint par la manche.

— Je n’aime pas quand vous me tutoyez.

Arnaud pivota, lui faisant lâcher prise. Il se dirigeait déjà à grandes enjambées vers l’ascenseur. Planté là, tout le corps de Pierre frémit d’une rage contenue ; une lueur de haine traversa son regard. Pierre suivit de mauvaise grâce celui qui était son chef. Arnaud n’ignorait pas que Pierre avait pour mission d’effectuer un rapport pour le service secret du Vatican. À son intégration, Arnaud avait été briefé par M. Schönbacher lui-même, le grand patron chargé de coordonner la sécurité. Il devait surveiller discrètement le gringalet, et l’affecter au poste le plus insignifiant possible. L’allemand lui avait fait la leçon : Pierre leur avait été imposé par les puissants qui contrôlaient les cordons de la bourse…

L’observateur du Vatican était là pour vérifier que les expériences au LHC ne remettaient pas en cause l’existence de Dieu. Arnaud se demandait toujours pourquoi le Vatican avait choisi sa base ? Le programme ALICE de St-Genis avait pour but de détecter une particule purement théorique, qui n’existait que dans le cerveau d’un brillant mathématicien, un certain Higgs. Les chrétiens pensaient-ils réellement que Dieu se cachait dans cet éclat d’atome ?

Mais, il fallait bien en convenir « le Boson de Higgs » avait un surnom qui donnait prétexte aux fantasmes les plus fous ! : « La particule de Dieu ».

— Avancez, fit le vigile.

L’homme pianotait d’une main sur un clavier numérique et, de l’autre, leur signifiait de se presser. Arnaud et Pierre s’immobilisèrent sous l’arche de l’imposant scanner de sécurité ; la machine ronronna comme une chatte, puis un voyant vira au vert.

— Tout est parfait, dit l’homme… Et bonne chance.

Le couple improbable s’engouffra dans l’ascenseur sous le regard du garde. Les portes refermées, Arnaud appuya sur le niveau -1 pour atteindre le petit poste de sécurité souterrain dont il était le responsable. Le voyage pour descendre les quatre-vingts mètres les amenant à la base lui parut une éternité.

L’animosité entre les deux hommes était palpable dans le silence de l’étroite cage mobile. L’ouverture de la porte mit fin à leur confinement. Un vaste sas complètement hermétique s’étalait devant eux… Arnaud prit pied sur le linoléum lisse. Il leva la tête vers les épais plafonds de fer ; il aurait pu voir la culotte d’Alice si la voûte grise avait été transparente. Cette pensée l’amusa ; on gérait son stress comme on pouvait… Elle était un joli remède aux tensions de ces derniers jours… Au bout du couloir long d’une dizaine de mètres, une porte blindée en métal barrait toute progression. Arnaud s’avança. Dans un mouvement automatique, il appliqua la procédure en positionnant son visage devant l’identificateur d’iris ; un œilleton discret était encastré dans le mur. La machine prit une photo de sa rétine et puisa dans sa base de données pour trouver l’empreinte correspondante. Un cliquetis à peine audible sortit de nulle part. Le battant glissa dans le mur, silencieusement, laissant Arnaud pénétrer dans la tour de contrôle sécurisée. Pendant ce temps, Pierre attendait que la porte se referme pour pouvoir sortir à son tour de l’ascenseur ; une seule personne à la fois pouvait le quitter ; un système de détection ultra-sophistiqué filtrait le cheminement des agents. Dès qu’Arnaud eut disparu de sa vue, Pierre répéta la manœuvre pour le rejoindre. Une boule d’angoisse monta dans sa gorge lorsqu’il franchit le seuil de la porte blindée.

Les cliquetis et le bruit désagréable des machines l’assaillirent. Des cascades de fils à n’en plus finir encombraient le sol à en donner le vertige. Pierre serra les dents. Il vit Arnaud en grande discussion avec un géant longiligne, vêtu d’un costume cravate gris, impeccable. Il reconnut M. Schönbacher, le grand patron de la sécurité du LHC. Il doit lui faire des reproches pour avoir quitté son poste, pensa Pierre ; cette vision lui arracha un sourire intérieur. À sa vue, les deux hommes se turent et se tournèrent vers la baie panoramique high-tech donnant sur la caverne d’acier. Le regard de Pierre s’attarda sur Ming, un Français d’origine chinoise. Le petit homme s’affairait autour de vastes consoles sur lesquelles des chiffres incompréhensibles défilaient à une allure folle. Ming était un informaticien et physicien de haute volée qui complétait l’équipe. Habillé d’un tee-shirt imprimé d’un dragon crachant des flammes et d’un jean troué, il avait l’apparence d’un étudiant sortant d’une start-up américaine. Pierre brava ses appréhensions et fila vers son poste de travail, dans l’indifférence générale. Il s’assit, recroquevillé à l’angle d’un vaste pupitre, devant le calculateur qui devait dispatcher des informations aux mille scientifiques de vingt-huit pays, via Genève. Pierre posa ses mains sur le pupitre, et ne bougea plus. Sa fonction était des plus simples : si on le lui ordonnait, il devait couper l’alimentation électrique de la base en déclenchant un gros interrupteur, et cela uniquement si les fonctions automatiques de sécurité ne fonctionnaient plus. Triste activité. Le temps lui paraissait long ; heureusement, il avait la prière.

Pensif, Arnaud observait en contrebas le détecteur qu’il avait baptisé affectueusement Alice, du nom du projet. ALICE était nettement moins jolie que la charmante hôtesse, mais ce surnom humanisait la machine, la désacralisait. L’imposant appareil était un énorme grumeau d’acier de dix mille tonnes et de vingt-six mètres de long, transpercé par un tunnel qui partait sous la terre tel un boa ayant avalé un agneau. Arnaud s’arrêta un instant sur le compte à rebours qui indiquait -10 minutes. À l’heure qu’il était, les savants du monde entier devaient être postés, le regard impatient, devant leurs écrans, à attendre le lancement à pleine puissance de l’accélérateur. Car le grand jour était enfin arrivé… Les faisceaux d’énergie allaient se télescoper à une vitesse proche de celle de la lumière en quatre points de l’anneau, et livrer peut-être le secret de l’univers. Arnaud fut pris de vertiges en pensant aux enjeux. Il se ressaisit et se tourna vers l’informaticien. Ming vérifiait une à une les procédures en tapant sur son clavier, tel un pianiste. Un casque était posé sur sa tête, lui permettant de communiquer avec Genève. Il chuchotait par intermittence à des interlocuteurs invisibles. Arnaud sortit de ses pensées. Il en avait oublié son voisin qui l’observait.

— Ne vous formalisez pas de ma remarque désobligeante ; vous avez le droit de sortir de la base ; je suis sur les nerfs…

— Je le suis aussi, répondit-il. C’est déjà oublié. Tout est paré pour le grand jour ? s’enquit-il pour chasser la remontrance sur sa mini-désertion.

Schönbacher était un quinquagénaire, tiré à quatre épingles, qui dégageait de sa personne une autorité naturelle. Il enfonça ses petits yeux pétillants d’intelligence dans ceux d’Arnaud. Il parlait dans un français presque impeccable ; seul un léger accent guttural trahissait ses origines germaniques.

Tous droits réservés, Max Gilmont et les Éditions Numeriklivres, 2013.

PROMO JUSQU’AU 30 NOVEMBRE 2013 : 1.99€ au lieu de 4.99€

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