La Mémoire volée d’Emmanuelle par Alex Nicol – extrait

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Résumé : Étrange requête que celle d’Emmanuelle Le Martret : la jeune Bretonne de Pont-l’Abbé sait que ses ancêtres bigoudens remontent à la nuit des temps. Pourtant, sa peau mate semble indiquer le contraire. Emmanuelle en a la certitude, il y a, derrière tout cela, bien plus qu’une banale histoire d’adultère… Et c’est Gwenn Rosmadec qu’elle charge d’enquêter. Un peu écrivain, un tantinet journaliste, breton de nature fouineur (à moins que ce ne soit l’inverse !), Gwenn va très vite collectionner les cadavres… Pour sûr, des têtes vont tomber, et pas forcément celles auxquelles il s’attendait ! En tout cas, peu importe que les macchabées pleuvent, Gwenn ira jusqu’au bout de cette affaire, foi de Breton !

***

Gwenn Rosmadec dévisagea la jeune fille qui avait pris place en face de lui dans son bureau d’écrivain public. Après avoir traîné ses Pataugas et son Nikon aux quatre coins de la planète en qualité de grand reporter, il avait posé son sac dans le petit village de Sainte Marine à la frontière est du pays bigouden et rédigeait les histoires des familles de la région. Mais la proposition qu’Emmanuelle Le Martret venait lui faire était proprement ahurissante. Tout en l’écoutant, il se lança dans les hypothèses que son sens de l’observation pouvait lui suggérer. Emmanuelle était jeune, la vingtaine peut-être, mais on sentait un caractère trempé dans l’acier dont, à Tolède, on forge les épées des grands seigneurs. Ses cheveux bruns encadraient par une mèche recourbée un visage légèrement hâlé. Une observation discrète, mais approfondie confirma à Gwenn que cette pigmentation n’était pas due à une exposition au soleil, mais émanait des chromosomes de la jeune fille. Les yeux bleu azur conféraient à ce regard intelligent une lumière intense, presque hypnotique. « Curieux mélange des genres », songea le rouquin. Il abandonna un instant son analyse pour se consacrer au discours de la jeune fille.

— Mes parents sont morts quand j’avais seize ans, monsieur Rosmadec. Un accident d’avion en Égypte. Et j’ai dû me débrouiller seule face à la vie.

« Et tu as fait fort, petite » songea le journaliste. Mais il n’en laissa rien paraître.

— Continuez, mademoiselle…

— Quand on doit se débrouiller pour tout, on s’organise en posant les bonnes questions et en les hiérarchisant.

— Ce que vous avez su faire, à l’évidence !

— Oui, monsieur Rosmadec. Je peux dire que la gestion du quotidien, je connais. Et le moyen terme aussi. Mais je veux vous parler du passé.

— Je vous écoute.

La jeune fille marqua une pause avant de poursuivre :

— À force de me poser de questions, j’en suis arrivée à la seule pour laquelle je n’avais pas de réponse.

— Et vous pensez que c’est moi qui l’ai ?

Les yeux bleus scintillèrent sous les cils tandis que la réponse fusa :

— Vous êtes ma dernière chance, monsieur Rosmadec.

Gwenn hocha la tête :

— Posez-la, cette question.

Emma prit une profonde respiration qui souleva sa jolie poitrine.

— Qui suis-je, monsieur Rosmadec ?

Elle ne laissa pas à Gwenn le temps d’intervenir, mais poursuivit sa démonstration :

— Je m’appelle Emmanuelle Le Martret, fille de Patrick Le Martret et Cathy Lacroix. Je suis née à Pont-l’Abbé il y a vingt et un ans et hormis un séjour au Canada lors de mes études de commerce, j’ai toujours vécu ici.

Emma fit une pause. Gwenn l’encouragea à poursuivre :

— Oui ?

— Les choses en apparence semblent simples, n’est-ce pas ? Mais quand je me regarde dans une glace, je me demande qui je suis.

— Vous croyez avoir été adoptée ?

— Non, j’ai vérifié cette information. C’est bien ma mère Cathy Le Martret qui m’a donné le jour. Mais mon père, était-ce Patrick ?

— Vous avez un doute à ce sujet ?

— Mes parents s’adoraient. Je ne peux croire un seul instant à un écart de ma mère.

— Et pourtant…

— Et pourtant monsieur Rosmadec, j’ai la peau brune d’un reste d’Afrique et aucun de mes ancêtres n’a jamais quitté le pays bigouden.

Gwenn tripota son stylo en réfléchissant :

— Vous savez, il reste parfois des traces anciennes qui ressurgissent sans que l’on ne sache pourquoi. Ce sont les hasards de la génétique. Mais dites-moi, en quoi, dans le cadre de ma profession, puis-je vous être utile ?

— Monsieur Rosmadec, comprenez-moi bien : j’adore mes parents et leur décès a été pour moi un chagrin immense. Patrick le Martret sera toujours mon papa. Mais aujourd’hui je veux savoir. Vous qui êtes un spécialiste dans l’art de retrouver le passé des gens, vous devriez pouvoir effectuer cette enquête un peu particulière avec les informations que je pourrais vous communiquer.

— Je dois admettre que je suis un peu surpris. Pour ce type de démarche, pourquoi ne vous adressez-vous pas à un détective privé ?

L’ombre d’un sourire traversa le visage juvénile. Elle s’attendait à cette question et avait préparé sa réponse :

— Vous connaissez beaucoup de « privés » à Pont-l’Abbé ?

Gwenn dut admettre, d’un hochement de tête, que la jeune fille avait raison. Pourtant, il tenta de détourner le problème. Cette gamine le surprenait et, poussé par son impulsivité, il fut tenté d’accepter sa demande. Un zeste de bon sens le rappela à la réalité.

— Écoutez mademoiselle, il existe un moyen très simple de vérifier vos origines.

— Vous pensez aux tests ADN ? C’est interdit en France si ce n’est dans le cadre d’une enquête policière.

— J’ai quelques amis à la gendarmerie et je devrais pouvoir régler ça assez facilement. Mais soyons clairs : s’il s’avère que vos parents sont bien les le Martret, il n’y aura plus aucune raison pour que je réponde à votre demande.

— Et dans le cas contraire ?

Les yeux bleu azur intensifièrent leur rayonnement.

— Dans ce cas, j’accepterai la mission que vous voulez me confier.

Un large sourire éclaira le visage d’Emmanuelle.

— Je suis d’accord, Monsieur Rosmadec.

Tous droits réservés, Alex Nicol et Les Éditions Numeriklivres, 2013.

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