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Xavier Fisselier : « J’écris, je note, je brouillonne depuis mon adolescence »

back_fisselierVous rejoignez la collection e-LIRE de Numeriklivres avec « Mauvaises Nouvelles », un roman dont on peut dire qu’il est assez introspectif. Tout d’abord, on aimerait que vous vous présentiez, en nous parlant de votre parcours d’écrivain, de votre rapport à l’écriture et à la littérature.

Avant de me présenter, j’aimerais vous remercier. Vous remercier de votre lecture des Mauvaises Nouvelles et vous remercier de m’accueillir dans votre maison. Se présenter est un exercice qui me semble toujours un peu compliqué… Répondre à la question « Qui suis-je ? » m’est presque douloureux. Cette interrogation est sans doute aussi à l’origine de mes textes. Nantais d’origine, je vis en Espagne depuis la fin de mes études. Madrid, Bilbao, puis Barcelone depuis l’an 2000. Mon travail consiste à allier l’esthétique, l’architecture et le graphisme dans de nouveaux espaces de vie en accompagnement avec des architectes, des jeunes créateurs et des designers. J’ai la chance de participer à la création de projets qui m’amènent à voyager régulièrement de par le monde.

J’écris, je note, je brouillonne depuis mon adolescence, depuis que j’ai saisi l’enjeu et l’importance de ces auteurs, écrivains, poètes, dans le déroulement de ma vie et de la vie des autres. J’aimerais pouvoir dire, sans aucune prétention, que mon écriture est un simple écho à ces lectures, à l’observation du monde qui m’entoure. Lire-écrire, écrire-lire, comme une correspondance discrète, anonyme. Et puis, l’écriture comme objet de création. Avant la ligne déposée sur ce papier, il n’y avait rien, puis elle est apparue… le processus de création, de rien à presque quelque chose.

Le narrateur de votre roman, qui nous livre des réflexions philosophiques, non dénuées d’une poésie qui magnifie son monologue, mais aussi des sensations plus brutes, presque animales, apparaît comme désabusé, perdu. Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de Mauvaises Nouvelles ? Portez-vous vous aussi un regard désabusé sur le monde ?

Le narrateur m’est apparu spontanément, juste après le premier paragraphe qui débute ce texte. Je souhaitais un être presque désincarné. Seul. Qu’il puisse être anonyme, fantomatique, à la frontière du réel même si parfois on le sent souffrir dans sa chair. Vous savez, comme ces petites voix qui vous rappellent à l’ordre ou vous donnent des conseils. Ce personnage qui vous accompagne dans votre réflexion. Je crois qu’il a vite pris le dessus sur moi et s’est exprimé naturellement, comme cela lui a plu. Nous nous sommes guidés tout au long de cette aventure. J’ai seulement voulu l’écouter attentivement, et le « raccrocher » dans cet espace qui m’obsédait, que je craignais peut-être un peu aussi.

Mon regard désabusé sur le monde… oui, c’est certain. Seulement une forme de recul, un léger éloignement, décalage pour essayer de mieux saisir l’instant qui préoccupe. Se situer dans un temps, un espace pour essayer de faire croire qu’ils existent, le temps et l’espace.

Tout le roman se déroule dans un huis clos qui peut paraître étouffant, mais votre écriture semble s’envoler et ouvrir l’espace dans lequel s’agitent les pensées du narrateur. Comment écrivez-vous, avez-vous besoin aussi d’un espace clos pour laisser vos mots s’affranchir de l’espace, ou n’avez-vous aucune contrainte d’écriture ?

Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir en me disant cela.

Oui, j’aime le huis clos. Un individu, un lieu unique. Et puis, que se passe-t-il ? Peut-on échapper un peu à soi ? Ne vivons-nous pas dans un huis clos personnel, au centre d’un spectacle que l’on ne comprend pas tout à fait ? C’est cette réflexion qui a pris place, petit à petit. Mes lectures du moment, mes échanges avec les personnes que j’aime et je côtoie. Je pensais aussi à ces ermites qui arrivent à s’extraire du monde qui les entoure, comme si de rien n’était. Je souhaitais sentir cet enfermement qui ouvre aussi de nouveaux espaces de découverte. Mes seules contraintes d’écriture sont moi-même et ma relation à l’autre. Ce sont de sacrées contraintes, vous ne trouvez pas ? J’aimerais oser, apprendre à oser. C’est pour moi une manière de relier le rêve à la réalité. Je n’en connais pas la frontière exacte, je souhaite seulement m’en approcher.

Vous jouez avec les mots Aime et Haine (M et N). Diriez-vous que ces deux mots définissent l’humain ?

J’en ai peur. Je nous trouve si surprenants les humains, pour ne pas dire décevants (moi le premier). D’ailleurs, pendant très longtemps j’ai appelé ce textes les MN… MN = Mauvaises Nouvelles = Aime & Haine.

Et pour conclure, quels sont vos projets à venir en terme d’écriture ?

J’aimerais continuer à apprendre à écrire, écrire encore et encore plus. J’ai de nombreux textes que je voudrais continuer. Ne pas cesser, même si de temps à autre, l’exercice de l’écriture est toujours périlleux. J’aimerais travailler les mots, les phrases pour être au plus près des perceptions que je ressens. Avoir une écriture plus fine, plus juste, plus précise. Je suis loin d’avoir fait le tour des questions qui me tarabustent. Oserai-je poursuivre ? Je ne sais pas…

Propos recueillis par Anita Berchenko


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