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Gilles Piazo : « comment arrivons-nous à résister à la culture de la violence ? »

collage_gillesGilles Piazo vient de publier exclusivement en numérique dans la collection e-LIRE, Une journée de fou et Super et ordinaire ? et en prime gratuitement, la nouvelle Mon beau miroir, extraite du recueil de nouvelles Super et Ordinaire. En entrevue, l’auteur nous parle de son rapport à l’écriture et aussi de son attirance pour les personnes dépourvues de bon sens dont il s’inspire.

Pouvez-vous en quelques mots vous présenter, nous raconter votre parcours d’écriture, et comment vous vous positionnez dans le paysage littéraire ?

Je suis plutôt jeune ! Je n’ai pas encore trois ans, Une journée de fou est mon premier texte abouti et ma gestation en tant qu’auteur a été plutôt longue et tortueuse. J’ai tourné des années autour de l’évidence de l’écriture, ne la touchant que furtivement et de manière spasmodique mais sans engagement véritable, sans le suivi qui l’installe comme pratique, construction d’une intimité neuve qu’il me reste aujourd’hui en grande partie à inventer.

Pour l’instant, je suis sur l’idée qu’un auteur est lui aussi d’une certaine mesure un personnage fictionnel qui se réduit aux textes qu’il écrit ou est susceptible d’écrire. Il se construit avec eux et rien d’autre de personnel n’a véritablement d’importance.

Quant à mon positionnement dans le paysage littéraire, j’avoue que je ne sais pas trop quoi répondre… J’ai le sentiment de n’avoir pas encore le recul nécessaire pour le déterminer précisément et de n’être donc pas forcément le plus à même d’en parler…

Je peux juste émettre un souhait qui guide en souterrain ma pratique : celui d’avoir une écriture qui soit capable de se brancher sur le présent pour en faire surgir un regard neuf, porteur de quelques effets de vérité.

Ce roman, dont vous maîtrisez parfaitement l’écriture pourtant difficile, exigeante, qui colle admirablement au sujet que vous avez choisi, c’est-à-dire la folie dans ce qu’elle a de plus effrayant, pulsionnel, psychotique, comment en avez-vous eu l’idée, et pourquoi avoir abordé ce thème ? 

Pour moi, c’est le thème qui doit imposer son rythme, la manière dont les phrases doivent « sonner » comme autant de variations. Et le thème, lui, s’impose pour ainsi dire tout seul, au détour d’une rêverie, d’une interrogation, d’une réflexion, d’un enchaînement d’idées.

Je serai bien incapable de retracer précisément la genèse de celui-ci mais il s’est structuré autour d’un étonnement un peu naïf au départ : comment arrivons-nous à résister à la culture de la violence et du fait divers telle qu’elle se déploie aujourd’hui de toutes parts dans notre société ? Qu’est-ce qui pourrait se passer si les filtres qui nous permettent de continuer à vivre « normalement » et d’étouffer l’angoisse enfouie en chacun de nous ne fonctionnaient plus ? De l’endroit, comment passe-t-on alors dans l’envers de la vie, là où il n’y a plus de frontière entre réel et possible, fiction et réalité ?

L’idée s’est accrochée et le reste a suivi.

Vous présentez cette histoire comme un fait divers, que vous déroulez ensuite comme une pelote de laine et le fil nous entraîne dans le quotidien ultra phobique de votre personnage, avec une montée de l’angoisse pour le lecteur devant l’inéluctable drame qui se joue. L’univers de la folie, des phobies, de la désocialisation aussi, est-ce un univers qui vous inspire particulièrement ?

Oui. J’ai un attrait particulier pour les personnes dépourvues de « bon sens », pour qui le quotidien n’est pas une évidence, mais une constante problématique. Qui se débattent désespérément contre la pression continue des causes extérieures, parfois – et c’est le cas dans le texte – jusqu’à la destruction totale de leur personnalité.

Peut-être parce qu’ils les écaillent un peu justement, ces évidences que l’on nous sert « prêtes à l’emploi » ; qu’ils posent depuis leur folie ou leur marginalité un regard acéré sur le monde et nous révèlent pleinement la vérité crue de ce avec quoi il nous faut chaque jour composer pour pouvoir continuer à vivre.

Artaud disait qu’il écrivait pour les analphabètes. Pas pour eux bien sûr, mais à leur place, parce qu’ils étaient en charge d’une vérité sur ce qu’est réellement le langage. Cette idée m’a beaucoup marqué et je crois que c’est ce point de vue que j’ai essayé de maintenir tout au long de cette Journée.

Vous réalisez, avec « Une journée de fou », une très belle performance d’écriture. Comment avez-vous vécu l’écriture de ce roman ? Quelles ont été les difficultés qu’il vous a fallu surmonter ? Ou quelles ont été vos plus grandes satisfactions d’auteur pendant ce moment de création ?

Il concrétise ma première véritable expérience d’écriture, alors… je vous laisse imaginer : le soulagement d’avoir enfin trouvé la force d’y accéder, le plaisir de voir la fiction prendre corps sous mes yeux, le doute et la satisfaction mêlés en contrepoint de cette publication que je n’osais pas espérer.

En ce qui concerne le texte proprement dit, le plus gros du travail a été de créer une structure formelle discontinue censée refléter une désorganisation mentale importante tout en respectant la continuité de la lecture.

Mais j’aime écrire comme cela, par décrochages successifs qui laissent le lecteur dans un flou qui ne se résoudra que quelques pages plus loin. Comme une dissonance que l’on entretiendrait toujours un peu plus longtemps que ce que l’oreille attend avant de la résoudre et d’en faire naître une nouvelle qui elle-même etc… jusqu’à ce que tout prenne naturellement place dans l’ensemble.

Je voulais faire en sorte que le lecteur puisse vivre les méandres d’une pensée chaotique, livrée sans freins à elle-même et à ses propres peurs mais sans qu’il s’y perde totalement, sans qu’il perde le fil du discours, le rythme du récit.

Quels sont vos prochains projets d’écriture ?

J’ai deux projets ficelés et en attente de verdict : une courte fiction décalée qui tourne autour de la spéculation financière et du culte de la performance et un recueil de nouvelles.

Après, c’est un peu le désert ; j’ai le sentiment d’être vidé et les idées que je caresse sont encore lointaines, brumeuses, loin encore d’une possible concrétisation dans un travail de rédaction.

Je vais prendre le temps de recharger un peu mes batteries émotionnelles pour peut-être trouver à nouveau la force de leur donner vie à elles aussi.

Blog de l’auteur

Propos recueillis par Anita Berchenko

Les titres de Gilles Piazo sont disponibles dans les librairies en lignes suivantes

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