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Max Gilmont : « la science et la religion ne sont pas antinomiques »

collage_gilmontUne prophétie, datant de 2000 ans, est le point de départ de L’Apocalypse de Jean aura bien lieu, un thriller ésotérique, haletant, plein d’actions et de mystères, qui oppose le Vatican, avec ses luttes internes pour le pouvoir, bien loin des considérations humanistes, à la Science qui, par l’intermédiaire de l’accélérateur de particules franco-suisse, tente de recréer le Big bang, et peut-être permettre de comprendre l’origine de notre univers. Cela donne un roman passionnant, à l’atmosphère apocalyptique. Une lecture qu’on ne lâche pas après l’avoir commencée.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce thriller apocalyptique, c’est plutôt le côté scientifique, ou le côté ésotérique ? Avez-vous des influences particulières, aussi bien littéraires, historiques, cinématographiques, qui vous ont donné envie de traiter un tel sujet ?

Les deux côtés m’ont intéressé ; je suis un passionné de cosmologie scientifique, et de l’histoire des religions. J’ai voulu écrire un thriller qui mélange mes centres d’intérêt. J’ai mis deux ans et demi pour le terminer, car je voulais que le lecteur découvre avant tout un récit captivant et facile à lire ; si, en plus, il se questionne ou s’interroge sur tel aspect philosophique ou sociétal du roman, c’est un plus.

La gestation de l’histoire est un long cheminement intérieur, dont je ne connais pas bien les mécanismes, mais il y a un moment où le scénario se construit au fil de mes lectures, de l’actualité, et un jour, elle est là, dans ma tête, et je ressens le besoin impérieux de l’écrire. Pour ce roman, je me suis aperçu que des personnes comme Galilée, et surtout l’abbé Georges Lemaître (l’un des pionniers de la théorie du Big-bang), ont fait avancer la science, et ces deux hommes croyaient en Dieu. L’un a payé de sa vie sa vision d’un univers où le soleil était le centre de l’univers (l’héliocentrisme), et non la terre comme l’avait décidé l’église (le géocentrisme de Ptolémée et d’Aristote). L’autre, l’abbé belge Georges Lemaître, est un précurseur de la théorie du Big-bang qui a été acceptée par la communauté scientifique et par sa hiérarchie religieuse (le pape en tête). C’est intéressant de constater que des hommes croyants ont fait avancer la science, et que la science et la religion ne sont pas antinomiques, mais finalement se complètent. Auguste, le moine du récit, est en quelque sorte le Galilée qui cherche à convaincre l’église du bien fondé de ses idées…

J’ai des lectures éclectiques qui passent par la science-fiction, avec des auteurs comme Van Vogt, Franck Herbert, Isaac Asimov…, mais j’aime aussi beaucoup Stefan Zweig, Dino Buzzati, Jack London, Steinbeck… Pour la partie plus thriller/polar, j’aime Fred Vargas, Jean-Christophe Grangé… Toutes ces lectures m’influencent. Pour ce livre, je me suis souvenu plus particulièrement de Ravage, de René Barjavel (qui m’a inspiré la fin).

Il y a quelque chose d’effrayant dans le personnage de Pierre, le moine espion du Vatican, et dans sa terrible destinée. Quelle est votre vision de la technologie, et pensez-vous possible une telle fusion, esprit humain et fibre informatique ?

Plus qu’un robot « humanoïde », limité à mon sens, Internet, les réseaux sociaux et les moyens de communication contiennent la totalité de la mémoire et de la pensée humaine. Finalement, il ne manque plus que la conscience à internet pour que cela devienne une entité vivante. Déjà, des groupes mystiques se sont constitués aux États-Unis, qui considèrent internet comme un Dieu ; alors, qui sait… J’ai tout simplement franchi le pas en écrivant ce thriller. C’est le pouvoir de l’imagination et du romancier.

Un monde sans technologie, c’est un retour à l’obscurantisme ou une sauvegarde de l’humanité ?

Je ne suis pas contre la technologie, bien au contraire. La curiosité humaine et l’envie de percer les mystères de notre univers ont toujours existé, et existeront toujours. Le problème est de savoir comment l’homme utilise ces nouvelles connaissances. Personne ne critique les progrès médicaux, qui sont prodigieux et qui sauvent tous les jours des vies, mais il est difficile, vous en conviendrez, d’admirer la bombe atomique. L’évolution de la nature humaine et de nos sociétés est au cœur du problème. Tant qu’il n’y aura pas une pensée humaniste commune, un monde, même sans technologie, amènera les mêmes dérives.

Au cœur de votre roman, outre les péripéties, les dangers, le rythme soutenu qui emporte le lecteur dans l’action, les histoires d’amour qui s’entrecroisent, il y a une évidente critique du rôle des religions et de la captation du pouvoir par les plus forts, ou les plus machiavéliques. La recherche du pouvoir, c’est la cause de tous les maux ?

En fait, je ne critique pas la religion, car chacun est libre de croire en qui il veut. Par contre, je critique le Vatican, en tant que pouvoir, qui a voulu imposer, durant des siècles, ses dogmes, en torturant et en imposant l’évangélisation par les armes à travers le monde. Il faut tout de même constater qu’aujourd’hui la séparation de l’état et de l’église a stoppé les guerres de religions, et que le pape actuel est un homme ouvert au dialogue. Encore une fois, le pouvoir n’est pas un danger en soit ; le danger, ce sont les motivations pour l’obtenir et ce que l’on en fait quand on l’a obtenu.

Si vous voulez obtenir le pouvoir pour faire du bien, avec une vision humaniste, cela ne posera pas de problèmes (le président uruguayen est un bon exemple, même si cela peut paraître démagogique). Mais dans la mesure où vous êtes un dictateur, et où vous imposez la « charia », vous hériterez du chaos. Le modèle des démocraties occidentales, bien que laïc (et c’est une belle avancée), souffre de la mondialisation et du pouvoir du « Dieu argent ». Le citoyen élit un président qui dépend d’un modèle économique où les lobbies sont plus puissants que l’état lui-même. En vérité, un président ne peut pas faire grand-chose, à part partager entre ces concitoyens la part du gâteau qu’on veut bien lui laisser ; et cela dans le seul but de se faire réélire, et de garder le pouvoir. Finalement, les gens (et j’en fais partie) ont une part de responsabilité dans cet état de fait, car, dans nos revendications, nous ne demandons qu’une chose au parlement : plus d’argent. Je trouve dommage que nous ne lui demandions pas de voter des lois pour favoriser la liberté, l’égalité, et la fraternité ; mais pour réaliser cela, avons-nous vraiment besoin de lui ?

D’autres projets littéraires dans le même genre ?

Je viens de terminer un thriller social sur le thème du racisme, ou le héros est un SDF. Et, j’écris un autre thriller où la PMA (procréation médicalement assistée) et les manipulations génétiques sont au cœur de l’histoire.

Propos recueillis par Anita Berchenko

 

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