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Manu Causse : « J’aime dessiner en même temps que j’écris »

collage_manuNous sommes très heureux d’accueillir au sein de notre équipe d’auteurs Numeriklivres le talentueux Manu Causse, avec une très belle histoire illustrée, qui met en scène un garçon et une princesse rouge, et leur rencontre pleine de poésie. Manu Causse a décidément tous les talents, puisqu’il nous propose cette histoire en bilingue, français et anglais, et qu’il a réalisé les 49 très belles illustrations qui enrichissent cet e-book. Un joli conte à découvrir, à partir de 8 ans, mais sans restriction d’âge, parce qu’assurément pour tout public.

Vous êtes un auteur accompli, on vous connaît déjà bon nombre de publications, des nouvelles, des romans, et aussi plusieurs titres bilingues. La littérature jeunesse, quelle place tient-elle dans vos projets d’écriture ?

Une place importante, même sans compter les romans que je traduis de l’anglais. C’est une sorte de terrain de jeux où j’adore m’ébattre ; je prends beaucoup de plaisir à raconter tout simplement des histoires, à retrouver en moi une certaine naïveté / spontanéité qui est peut-être plus difficile à garder dans la littérature « adulte ». J’apprécie énormément les contraintes de la littérature jeunesse – format, ton, vocabulaire, lignes éditoriales – qui, en réduisant les possibilités de la narration, libèrent l’écriture.

Est-ce un double plaisir parce que vous pouvez y déployer aussi votre talent d’illustrateur ?

Je ne sais pas si on peut parler de « talent » ; je connais beaucoup d’illustrateurs et de dessinateurs dont j’admire bien trop le travail pour oser me comparer à eux. Mais j’aime dessiner en même temps que j’écris, comme un repos, une réponse ou une façon de rebondir. C’est une forme d’écriture que je pratique aussi souvent que possible

Pour Le garçon au bord du monde, le texte s’est souvent posé après les illustrations ; j’ai voulu laisser aller l’histoire, les dessins que je composais un à un, en essayant de ne pas savoir où ils allaient me mener. C’était donc un plaisir très particulier, très intense, un peu magique – j’avais l’impression que les images et les mots venaient d’eux-mêmes à la surface, comme les mots glacés de l’histoire.

En cela, Le garçon n’est pas (ou pas seulement, ou pas entièrement) une œuvre de littérature jeunesse, et il ne répond pas tout à fait à ses canons. J’ai envie, par la suite, de continuer à développer cette « écriture dessinée » – et le numérique me semble être le support idéal pour le faire.

Vous êtes aussi traducteur (décidément, vous êtes un homme à multiples casquettes), alors les histoires bilingues, ça vous paraît naturel, important, original, une valeur ajoutée ? Quels enjeux, pédagogiques ou dans le domaine de la langue, cherchez-vous à développer dans ce genre particulier ?

Pour les casquettes, c’est peut-être pour masquer ma calvitie…

Quand j’écris, pour la littérature jeunesse en particulier, je retrouve parfois des échos du prof de Français que j’ai été pendant près de quinze ans ; j’ai appris à parler anglais en regardant des westerns sous-titrés, en lisant les paroles de mes chansons préférées, et plus tard en lisant des romans en « version originale ». Du coup, je me dis que les livres bilingues sont toujours une chance d’apprendre une autre langue par le biais d’une histoire qui nous emporte…

Plus encore, un des tout premiers textes que j’ai terminés était en anglais ; je rêvais d’écrire depuis des années, mais tout ce qui sortait me semblait sans intérêt, artificiel. Le fait de me « perdre » dans une langue étrangère, en réduisant les possibilités d’expression, m’a paradoxalement permis d’écrire, de dépasser les barrières et les jugements que je posais sur ma propre écriture. Du coup, c’est encore et toujours avec plaisir que j’écris en anglais.

L’histoire du garçon au bord du monde est très belle, pleine de poésie, et elle met en avant l’importance des mots, leur magie, leur pouvoir… C’est aussi pour ça, votre choix de l’écriture ? Quel est votre rapport à la poésie ?

Je ne sais pas si l’écriture est un choix ; pour moi, c’est plutôt une évidence. À un moment donné, il y a une voix, là dans la tête, qui souffle des mots, des phrases. Le choix, c’est de l’écouter ou non, d’en faire des livres… ou autre chose.

Quand la voix s’absente, ça peut être douloureux ; on a tendance – j’ai tendance – à la chercher partout, au risque d’écrire des textes moins fondés, moins ressentis… Pour le Garçon, je suis resté très longtemps à l’écoute, très patiemment – il m’a fallu je crois plus d’un an pour arriver au bout des 49 planches, sans compter le traitement informatique qui les a passablement modifiées. Je n’ai rien forcé, juste attendu que l’histoire se raconte.

Est-ce que c’est ça, la poésie : attendre que les mots fassent surface, tenter de les garder (mais c’est illusoire, évidemment) ?

Je lis très peu de poésie – parce que j’adore la poésie. J’aime quand elle me décoche des baffes en pleine rue, quand elle m’arrive par surprise ; quand elle découpe la réalité en petits morceaux très précis et incroyablement intenses. J’en trouve parfois au hasard, sur internet, dans un recueil qui m’arrive entre les mains… et c’est comme ça que je la préfère.

On a bien entendu envie de vous demander si on aura encore de belles histoires, de belles illustrations, bref d’autres petits trésors littéraires à se mettre sous la dent, autrement dit quels sont vos projets actuels ?

Je préfère ne pas en parler, pour plein de raisons : d’abord, parce que j’ai toujours des tas de projets dans tous les sens, et qu’à force ça ne fait pas sérieux ; ensuite, parce qu’il m’arrive d’abandonner certains d’entre eux, et les avoir annoncés à l’avance me déplaît ; enfin, un peu par superstition.

Toutefois, j’ai cosigné deux ouvrages très différents avec une auteure qui est également ma compagne : un guide « pour rire » intitulé 50 exercices pour mal élever ses enfants, qui paraîtra en octobre, et une novella d’anticipation intitulée Du temps de cerveau disponible, à paraître au premier trimestre 2014.

Allez, foin de la superstition : pour ce qui est des œuvres numériques, j’aimerais adapter sous forme d’application un album intitulé Enfin seule, paru en 2006 en version papier avec des illustrations photographiques de Juliette Armagnac

Enfin, dans la lignée du Garçon au bord du monde, je pense me lancer dans l’illustration d’un texte intitulé La fabuleuse épopée des Frères Bottomi… dès que j’aurais le temps d’en avoir envie, ou l’inverse.

Propos recueillis par Anita Berchenko

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