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[PAROLES D’AUTEUR] Jean de Loriol : « j’ai été plus proche souvent du sale gosse que du petit ange »

collage_loriolOn ne résiste pas à l’envie de vous demander de vous présenter, et de nous parler de votre parcours d’écriture, votre rapport à l’écriture, mais aussi ce qui vous a motivé à choisir d’écrire un roman jeunesse, et pourquoi le fantastique ?

En fait, tout a commencé avec des dessins. Ou plutôt des caricatures de professeurs et d’élèves que je faisais, en douce, et qui circulaient dans toute ma classe. J’ai découvert là mon premier mode d’expression, pour trouver une place parmi mes semblables, et récolter leurs éclats de rire. Puis, après le bac et quelques tâtonnements, j’ai commencé une formation dans le cinéma. Et là, révélation ! L’image en mouvement me captivait, je serais réalisateur ! Par la suite, un producteur me donna ce conseil : pour réaliser des films, il faut savoir les écrire. Je me suis donc lancé dans l’étude de la mécanique du scénario, et j’ai ainsi écrit le scénario des aventures fantastiques du jeune Antoine de Montplaisant. L’accueil des professionnels fut bon, mais pour un premier film, ce projet fut jugé beaucoup trop ambitieux. Nourri par toutes mes lectures, et pressé par la nécessité de faire partager mon histoire, je me suis donc lancé dans son adaptation dans un premier roman.

Mais pourquoi un roman jeunesse ?

Je voulais faire quelque chose autour d’un personnage fantastique. Mais je n’arrivais pas à écrire une trame cohérente. Le déclic vint quand je compris que ce personnage ne pouvait exister que par le regard d’un autre… et cet autre était… moi-même, le petit garçon que j’avais été. Dès que je me suis mis en scène, au travers d’Antoine, le verrou s’est débloqué. Et j’ai réussi à écrire mon histoire…

Le fantastique est aussi une échappatoire pour fuir une réalité trop dure, un quotidien ennuyeux, se créer des amis extraordinaires, et sublimer ses peurs et ses névroses en les incarnant dans des créatures monstrueuses pour mieux ensuite les détruire ! L’environnement unique dans lequel j’ai grandi a également contribué à façonner mon imaginaire, souvent décalé de la réalité et teinté de fantaisie.

Antoine de Montplaisant, le jeune héros de cette histoire, a une vie particulièrement étonnante, riche en péripéties de toutes sortes, et plutôt atypique. Y aurait-il des similitudes entre Antoine et vous-même, autrement dit quelle est la part « autobiographique » que vous avez distillée dans ce roman, s’il y en a une ? Et ce château, à la fois lieu presque unique de l’histoire, et « personnage » à part entière, existe-t-il réellement ?

Oui, il y a de nombreuses similitudes entre Antoine et son auteur ! Comme lui, j’ai chassé les pigeons au lance-pierre. Comme lui, j’ai refusé d’aller à l’école ! Et comme lui, j’ai exploré un autre monde ! Je l’avoue, j’ai été plus proche souvent du sale gosse que du petit ange ! Mais Antoine, si je l’ai nourri, tout comme ses aventures, de mille petits détails et souvenirs de ma propre enfance, est maintenant un personnage à part entière, les éléments autobiographiques ayant fusionné dans l’oeuvre de fiction. Quant à ce château… il existe bel et bien ! J’ai exploré ses greniers, joué avec ses armures, claqué des dents quand le souffle rauque d’une chouette vous fait croire en une redoutable présence… Je connais le moindre de ses recoins puisque j’y ai passé mon enfance.

Habité par la présence de tous ces êtres humains qui y ont vécu, pour certains qui s’y sont mariés ou d’autres qui y sont morts, ce château conserve dans ses murs une fabuleuse mémoire du temps passé. En effet, il est un personnage essentiel dans le roman, de par sa dimension physique et émotionnelle extraordinaire. Il teinte de son aura l’ensemble de l’histoire, et je ne suis pas sûr encore qu’il ait révélé tous ses mystères…

Les actions s’enchaînent à un rythme assez effréné, donnant à votre écriture un côté très cinématographique, qui nous plonge avec délices dans un monde fantastique. Votre écriture se nourrit-elle du monde de l’image, ou est-ce que c’est plutôt le contraire, votre immersion dans le monde de l’image qui à un moment vous pousse à écrire ?

Un mot, une image ? L’un ou l’autre, ou les deux à la fois peuvent être le point de départ d’une histoire, même si dans mon travail de réalisateur l’aspect visuel prédomine.

Il y a en effet une forte dimension cinématographique dans « Les aventures fantastiques du jeune Antoine de Montplaisant », car je l’ai écrit tout d’abord pour être un film, puis j’ai romancé ce premier travail, avec un infini plaisir. Plus qu’un scénario, factuel et écrit au temps présent, l’écriture du roman permet d’atteindre une extrême finesse psychologique et émotionnelle.

Ce monde de l’enfance que vous décrivez, et l’héroïsme de vos jeunes personnages, leurs difficultés aussi, dans lequel on retrouve en chacun de nous des résonances délicieuses, est-ce que c’est un monde qui vous inspire ?

Il y a quelque chose de fascinant dans l’enfance, car dans ce passage, tout semble possible, les frontières entre réalité et imaginaire étant encore mal définies. L’âge de la découverte, de la curiosité sans bornes, est le plus bel âge et certains adultes, grand bien leur en prend, resteront ainsi des enfants jusqu’à leur mort ! C’est aussi une période ou petits ou grands traumatismes se fixent parfois de façon indélébile et marquent de leur sceau un caractère ou une oeuvre. Mon enfance a été faite de grands émerveillements et de terribles craintes. Ce château, son isolement, la campagne, la proximité des animaux, une certaine liberté et une éducation si particulière — un père Comte sur ses terres — ont profondément marqué ma sensibilité et ma créativité. Comme dans un conte, mon enfance a été « fantastique » et j’ai découvert de façon fulgurante, à la fois la beauté et la cruauté de la vie. Oui l’enfance m’inspire, et n’avons-nous pas encore en chacun de nous cet enfant dont il faut prendre soin ? Nous avons grandement besoin de son innocence, de son audace, de son émerveillement, pour affronter notre vie d’adulte et ses difficultés.

Y aura-t-il une suite à l’histoire d’Antoine ? Et quels sont vos autres projets en terme d’écriture ?

Pour la suite de cette histoire, c’est avant tout aux lecteurs de décider. S’ils prennent autant de plaisir à lire ce roman que j’ai eu à l’écrire, alors je leur promets une nouvelle aventure, dont ils reviendront enrichis, heureux, et métamorphosés, tout comme Antoine. Quant à mes projets, ils sont multiples. Comme réalisateur, je termine un grand documentaire, qui sera diffusé à la télévision début 2013. Comme scénariste, je travaille actuellement sur plusieurs productions télévisées… J’ai aussi un autre roman en gestation, toujours teinté de fantastique, et qui est une plongée dans les profondeurs de l’âme humaine…

Propos recueillis par Anita Berchenko

Cliquez sur la couverture pour en savoir plus sur le roman

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