Éric Calatraba/NOS AUTEURS

Éric Calatraba : « J’étais en alerte, comme un enquêteur »

collage_ericHaïku est un polar qui a surpris – dans le bons sens – bien des lecteurs et pour un premier roman, on peut sans peine écrire qu’il s’agit pour Éric Calatraba d’un coup de maître. Un flic, des motos, de l’opéra, des arts martiaux, un tueur sans pitié et…des haïkus, tout un cocktail ! Rencontre avec un amoureux des polars et des grands opéras.

Éric, peux-tu te présenter brièvement ?

Je suis enseignant et auteur-compositeur. Je travaille uniquement avec des enfants en grande difficulté. La seule façon de les emmener vers des apprentissages est d’utiliser une pédagogie de détour. Entendre puis créer des histoires permet de parler de nos propres peurs avec une distance rassurante. Par les histoires et les mythes, on se rend compte que nos préoccupations sont universelles : aimer, être aimé, etc. L’enfant se familiarise avec la structure du récit et commence à apprendre. C’est beaucoup plus efficace que de dire « lisez le numéro 3 page 28… »

Haïku est ton premier roman publié, mais il est admirablement bien ficelé : était-ce un coup d’essai, ou as-tu préféré laisser cachés les précédents manuscrits dans un tiroir ? 

C’est bien mon premier roman. À la suite d’une mutation, je me suis retrouvé à Marseille où j’étais seul la semaine. J’avais du temps pour lire, écrire, et j’étais dans l’ambiance des polars du Sud… je me suis lancé.

Je voulais une intrigue complexe, située dans la réalité du monde contemporain. J’ai donc passé deux mois à me documenter, à lire et à faire des plans. J’étais en alerte, comme un enquêteur. J’ai contacté un secrétaire d’État canadien qui a écrit un rapport sur les trafics d’organes, rencontré un commandant de Police, rôdé dans les bibliothèques, effectué des repérages sur la Côte d’Azur et dans les Alpes. Je m’interdisais d’écrire la moindre ligne qui aurait commencé le roman.

Comment l’idée de mélanger opéra, arts martiaux et motos de grosse cylindrée t’est-elle venue ?

En fait, les choses viennent en écrivant. Je voulais opposer deux chevaliers contemporains et je ne les voyais pas rouler en voiture. L’idée de la moto est venue naturellement. Je ne suis même pas motard…

L’idée que Raphaël essaie sa moto surpuissante en écoutant la voix tout aussi puissante de Pavarotti m’a amusé. Ensuite je me suis dit : pourquoi ne pas faire de l’opéra un élément du roman ? Tous les opéras sont des tragédies.

Les arts martiaux m’ont toujours fasciné, et j’ai pratiqué un peu l’aïkido. J’ai reçu un choc, il y a très longtemps, en découvrant « Les sept samouraïs » de Kurosawa dans l’émission « Le cinéma de minuit » à la télévision. Je découvrais que la façon la plus efficace et la plus intelligente de combattre était aussi une danse, une chorégraphie magnifique. Je crois aussi que l’écriture sert plus ou moins consciemment de thérapie. C’est sans doute ce qui m’a aidé à créer le personnage de Raphaël.

L’idée de départ était celle d’un assassin qui s’amusait à envoyer des haïkus à la police et à ses futures victimes avant de frapper. Mais je ne voulais pas d’un sempiternel tueur psychopathe. Je voulais que le lecteur en arrive à aimer, ou au moins comprendre le tueur presque autant que le flic. Le monde n’est pas noir ou blanc ; en tout cas, ce n’est pas comme ça que je le vois.

 Quel est ton rapport à l’écriture ?

C’est un terrain de jeu formidable, un moyen d’évasion qui procure de grandes émotions. Je commence à tisser une histoire, puis à un moment je m’aperçois que c’est elle qui m’emporte. C’est une sensation incroyable.

Je pense que les lecteurs cherchent avant tout une bonne histoire. Ensuite, il faut trouver les mots justes pour les toucher en évitant le pathos. La marge est étroite. Je ne m’interdis pas la violence la plus extrême (à condition qu’elle ne soit pas gratuite), ni le romantisme. J’aime que l’écriture ait un rythme, une poésie. Je crois que ça me vient de la chanson.

Et à la lecture ? Quel est ton point de vue sur le numérique ?

Je lis de tout, des classiques, des thrillers, des essais. J’aime lire la presse hebdomadaire, me tenir au courant de l’actualité dans le monde.

Je lis aussi sur liseuse, je n’aime pas qu’on oppose papier et numérique. On lira encore longtemps sur papier, mais le numérique s’imposera de toute façon. On me parle souvent de l’objet livre…

Pour moi, un livre n’est pas un objet, mais une création de l’esprit. Qu’est-ce qu’un « vrai » livre ? Maupassant en numérique, ou la bio de Paris Hilton en livre papier ?

En tant qu’enseignant, je me dis que nous n’avons plus les moyens d’acheter des manuels hors de prix, qui sont obsolètes à chaque orientation ministérielle, c’est-à-dire tous les trois ans. Des manuels numériques pourraient être mis à jour régulièrement et à moindre coût. Et on ne verrait plus des enfants porter des cartables qui font la moitié de leur poids !

Les personnages de Haïku sont très attachants. As-tu prévu d’autres aventures pour les compères Raphaël Larcher et Ugo Lucchi ? As-tu d’autres projets d’écritures à court et moyen terme ?

Oui, mes deux flics vont revenir ! J’en suis à la fameuse phase de recherche et de documentation qui prend beaucoup de temps.

L’histoire sera encore une fiction qui s’inspire du réel. Et le voyage est encore au programme.

En ce qui concerne le court terme, j’écris en ce moment une nouvelle. C’est un thriller qui raconte l’histoire d’un guitar hero. C’est aussi une histoire d’amour. Je peux déjà vous donner le titre : Stratocaster.

Propos par Jean-Basile Boutak

Disponible également en téléchargement depuis les librairies suivantes :

NosLibrairies

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