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Christine Machureau : « L’Histoire est une ivresse, une scène de théâtre, une comédie sanglante »

collage_christineAvec plus de 4000 téléchargements payants à ce jour, la saga historique en 5 tomes de Christine Machureau, La Mémoire froissée, est sans conteste l’un de nos plus beaux succés. Et aujourd’hui encore, cette saga ne dérougit pas. Tout récemment, nous avons publié en 2 tomes une nouvelle épopée qui rend un bel hommage à Attila, D’or, de sang et de soie, et qui s’achemine petit à petit vers le même succés. Christine Machureau nous parle de son travail et de sa passion pour le Moyen Âge et pour l’Histoire en général

Vous publiez une passionnante saga historique, qui se déroule entre le 14e et le 15e siècle, sur fond de guerre de Cent Ans. Expliquez-nous quelle est votre démarche d’historienne, et comment vous réussissez à nous plonger d’une façon aussi authentique dans le Moyen-âge :

Il n’y a pas de secret. Cinquante ans d’intérêt non-stop pour cette période me permettent aujourd’hui de retranscrire un « authentique Moyen-Âge ». Lectures, études, visites, conférences, mais aussi recherches personnelles dès qu’un fait m’interpelle, ont animé ma vie.

Pour valider un fait il est nécessaire que différents documents se recoupent, trois si possible. Toutes les recherches se font en amont de l’écriture. À partir de là, nous pouvons l’intégrer dans le roman. Voilà pour l’Histoire.

Pour réussir à immerger le lecteur au cœur de l’aventure, ma technique est simple. De l’imparfait va suivre un paragraphe au présent, car nous sommes dans l’action immédiate. J’y suis, j’y participe et le lecteur qui prend le pari de me suivre va, lui aussi, esquiver un coup d’épée, participer à un complot… à ses risques et périls. C’est de la littérature immersive. Le lecteur est tombé dans le chaudron. Nous sommes tous là, lecteurs, auteure, critiques, au sein des évènements.

Dans votre roman, vous mélangez avec talent l’Histoire, la grande, avec l’histoire, la petite, celle des « gens du peuple ». Quelle est la part de faits historiques sur laquelle vous vous appuyez, et quelle est la part purement fictionnelle dans cette saga, et à quel moment la fiction prend-elle le pas sur la réalité ?

La structure du roman d’aventures va suivre les évènements bien datés, authentifiés. Ce n’est pas de la science-fiction. Là où cela devient passionnant, c’est lorsque les faits authentifiés dérapent dans l’absurde… Cela veut dire qu’il manque un élément… Que l’Histoire veut nous cacher quelque chose ou qu’il ne nous a pas été tout dit… C’est là que commencent mes recherches. Un exemple : le Traité de Troyes, 21 mai 1420, traité inique s’il en fut, dépossède le futur roi Charles VII de la couronne de France, au profit de l’Anglais. Sa propre mère le déclare inapte, illégitime ! (Elle en pleurera des larmes de sang toute sa vie durant) Qui a pu faire « chanter » la reine Isabeau ? Comment et pourquoi ? Jamais dans l’Histoire une reine n’a déclaré son propre fils « illégitime »… Vous aurez mon « éclairage » en lisant « La mémoire froissée ».

Mais ceci n’est que l’aspect politique de la Guerre de Cent Ans. Ce qui me paraît toujours le plus intéressant c’est de faire parler ceux que l’Histoire néglige au profit des grands. Des gens comme vous et moi, qui ont dû traverser ce siècle de guerre. Il fallait survivre, vivre, se déplacer, nourrir les enfants, passer les hivers mortels, côtoyer les Godons, accoucher, travailler, payer les taxes… bref, quelque chose qui ressemble à la vie. Et des personnages particulièrement courageux ou odieux vont crever la toile ! Car un héros est un être ordinaire, mis en situation extraordinaire. Il ou elle, aura toutes les facettes pour transcender des situations inextricables. Il faut que cela bouge ! J’exige de mon récit qu’il arrache les tripes de mon lectorat. Voici la fiction.

Comment avez-vous imaginé votre personnage principal, Anne Rameau ? Elle a un statut assez privilégié, en tant que femme, elle est instruite, elle exerce un métier, et, issue d’un milieu plutôt modeste, elle progresse socialement et se hisse auprès des plus grands. Était-ce le cas d’une façon générale à cette époque ? Le parcours d’Anne reflète-t-il une certaine réalité à la fois sociale et culturelle au 15e siècle ?

Je n’imagine pas mon personnage principal. Il s’impose à moi, il naît, il s’étoffe, il prend mes nuits, il obstrue mon quotidien jusqu’à ce qu’il envahisse toutes mes pensées et m’empêche de dormir. Écrire sa vie est le seul moyen que j’ai trouvé pour m’en débarrasser ! L’aventure peut commencer. Je fais très peu de plans, mon héroïne me guidant.

Pour revenir au statut d’Anne Rameau… elle ne part pas de rien… fille d’artisan aisé, elle sait lire, elle connaît les plantes et a soif d’élargir son savoir. Or, au Moyen-Âge, le savoir est dangereux. Tout ce qui ne vient pas de la Bible ne peut venir que du Diable… et quand on est une femme de surcroît, le bûcher n’est pas loin !

C’est dans une grande ville, Troyes, au carrefour des pouvoirs, qu’elle prendra toute sa dimension, et, comme beaucoup, elle devra son ascension sociale à des épousailles avec un libraire, artisan lui aussi. Elle ne se hisse pas auprès des « grands ». Elle et son époux les côtoient. C’est tout. Ils ne sont que des fournisseurs, car seuls les « grands » peuvent s’offrir des livres.

À l’époque, les clivages socioculturels étaient encore plus rigides qu’aujourd’hui. Seule, la faveur d’un puissant pouvait vous élever.

De nos jours, le parcours socioculturel d’une femme est toujours plus difficultueux que celui d’un homme… Vous imaginez au XVe siècle ?

Qu’est-ce qui vous a le plus portée, pendant l’écriture de cette saga, le fait de rétablir une certaine réalité historique, de ressusciter une période de l’histoire, ou au contraire de donner vie à des personnages fictionnels et de les accompagner dans leurs aventures ? 

L’Histoire est une ivresse, une scène de théâtre, une comédie sanglante. S’y glisser est déjà toute une aventure, mais vous faire accompagner par des héros ou des salauds… alors là ! C’est un nectar, une hyperbole, un délire somptueux.

Propos recueillis par Anita Berchenko

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Une réflexion sur “Christine Machureau : « L’Histoire est une ivresse, une scène de théâtre, une comédie sanglante »

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