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Céline Santran : « j’avais 16 ans quand le mur est tombé »

collage_santranC’est avec beaucoup de plaisir que nous accueillons Céline Santran dans la collection e-LIRE avec son roman La faute à Rostro, l’histoire d’un adolescent rebelle, en pleine recherche de ses origines. C’est un roman de société, de questionnement aussi, non dénué d’une certaine philosophie, du moins de la vision philosophique de Léo confronté à la fois au passé et à l’avenir et qui le pousse à s’interroger, mais aussi à agir dans ce monde qui le déroute. Un beau talent d’écriture de la part de Céline Santran, qui manie plusieurs niveaux de langage d’une main de maître, et qui nous restitue les émotions multiples d’un âge pas vraiment facile.

Est-ce que l’adolescence, dans ce qu’elle a de « construction de la personnalité », « d’adulte en devenir », vous intéresse particulièrement, et pourquoi ?

Oui c’est une période qui m’intéresse beaucoup et c’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont poussée à devenir professeur. Outre l’intérêt qu’il y a dans ce métier à transmettre quelque chose, je n’appréhende pas l’adolescence comme un monde inaccessible, mais comme un univers à décoder, un univers dans lequel un « non » peut vouloir dire « oui », un monde où rien n’est simple parce que la peur de grandir provoque des réactions extrêmes. Le passage de l’enfance à l’âge adulte a été pour moi très difficile, et j’ai l’impression d’en avoir gardé un souvenir aussi précis que si c’était hier, c’est sans doute pour cela que je n’ai pas eu de mal à me mettre dans la peau de Léo. Mon expérience d’enseignement en collège et lycée m’a aussi aidée, il y a dans Léo la synthèse de beaucoup d’élèves que j’ai pu croiser !

Dans votre roman, on passe de dialogues sur MSN ou par SMS à la lecture du journal intime de Léo, et chaque registre différent est d’une réalité extrêmement savoureuse à lire. On est vraiment plongé dans l’univers de cet adolescent qui communique de toutes les façons qui lui sont offertes. Cela vous a-t-il paru évident de construire le roman de cette façon ? 

Au départ je voulais écrire le journal d’un adolescent et j’ai vite eu la sensation que l’histoire sonnait faux, qu’elle manquait de réalisme. J’ai pensé à insérer des dialogues entre Léo et son ami d’enfance, et les dialogues sur MSN me sont apparus comme une évidence. Ce n’est pas parce qu’un élève est capable de rédiger parfaitement un devoir, sans fautes d’orthographe ou presque, qu’il va utiliser la même démarche dans la vie de tous les jours pour communiquer avec ses amis. Le plus important pour moi était que l’histoire soit ancrée le plus possible dans la réalité d’un adolescent d’aujourd’hui, et même si l’on peut s’arracher les cheveux à la lecture des conversations que l’on trouve aujourd’hui sur internet, il n’en demeure pas moins que ce mode de communication souvent phonétique fait maintenant partie intégrante de notre vie et qu’il faut accepter que ce soit devenu un élément identitaire chez les jeunes.

Pour moi l’alternance de différents registres de langue donne finalement davantage de fluidité et de rythme à l’histoire.

On est touché par toutes les émotions qui se dégagent de cette histoire, même si Léo tente volontairement de les masquer avec humour. Et notamment par l’histoire de Dagmar, la mère de Léo, et sa propre adolescence dans le Berlin d’avant la chute du mur. Berlin, est-ce une ville et une histoire à laquelle vous êtes spécialement attachée ?

Je reste très marquée par un voyage scolaire que j’ai fait il y a quelques années avec une classe de lycéens à Berlin. La découverte de cette ville très ouverte et en perpétuelle évolution m’a fascinée, et en même temps, l’impression qu’encore aujourd’hui, dans certaines zones de l’ex-Allemagne de l’Est, le temps semble s’être arrêté en 1989, est tout aussi poignante.

Je connais l’Allemagne, mais je me suis aussi beaucoup documentée sur le pays et son histoire. J’avais 16 ans lorsque le mur est tombé et pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé à quel point je vivais un moment historique dont j’étais en âge de mesurer l’importance. En faire un des éléments phares de l’histoire de Léo et de Dagmar est une manière de transmettre, pour ne pas oublier, ce mot clé qui a fait basculer l’Europe.

On note en toile de fond du roman une petite « intrigue policière », très drôle, mais qui aurait pu être tragique. Le roman policier, c’est un genre qui vous inspire ? Vous avez des projets en ce sens ?  

J’ai commencé par écrire des nouvelles, et les toutes premières étaient effectivement policières. C’est un genre que j’affectionne tout particulièrement. Le premier concours de nouvelles que j’ai remporté était celui des Noires de Pau en 2007 et ça a été un vrai déclic pour moi. Tout comme l’alternance des registres de langue, j’ai voulu avec cette intrigue policière donner encore plus de rythme à l’histoire. Et puis se retrouver embarqué dans une histoire policière plutôt abracadabrante relève un peu du fantasme pour un adolescent, c’est l’occasion rêvée de confondre fiction et réalité, de vivre sa vie comme un personnage de roman. C’est comme ça, en tout cas, que le vit Valentin, l’ami de Léo.

J’aimerais beaucoup à l’avenir écrire un vrai roman policier, mais je pense qu’il aura de toute façon un côté « décalé », parfois drôle. Je crois que je serais incapable d’écrire un pur roman noir ou un roman policier « sérieux », y ajouter un peu d’humour est ma manière à moi de dédramatiser des situations qui sont, à la base, angoissantes.

Propos recueillis par Anita Berchenko

3 réflexions sur “Céline Santran : « j’avais 16 ans quand le mur est tombé »

  1. Je suis en pleine lecture de roman drôle, sensible et intelligent… plongée au coeur de l’adolescence et de la quête ! J’en ferai une critique complète dès que je l’aurai terminé mais ça commence très très bien ! 😉 Merci Céline, merci Numeriklivres 😉

  2. Pingback: Des images en direct de notre stand au salon Vivons de livres ! à Toulouse | NUMERIKLIVRES

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