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Une plongée dans les coulisses du Festival du Cinéma Américain de Deauville avec Sandra Mézière

collage_sandraLes Orgueilleux, magnifique roman de Sandra Mézière, qui a déjà publié Le brasier, est une plongée dans les coulisses du Festival du Cinéma Américain de Deauville, fascinant et pathétique théâtre des vanités. 

C’est aussi et surtout une histoire d’amour impossible, de passion (s), d’idéalisme et d’une vengeance implacable dont l’orgueil est la cause et la singulière arme. Une écriture tout en poésie et en douceur, un style incisif qui fouille l’âme des personnages, une lecture qui pousse à une réflexion sur la futilité des apparences et la valeur de la vie.  

Alors que va bientôt s’ouvrir le Festival de Cannes, vous nous proposez un roman qui se déroule pendant le Festival du Cinéma Américain de Deauville, et dont les personnages gravitent tous dans ou autour du monde du cinéma. Le cinéma et vous, c’est une relation passionnelle ? Est-ce dans le cadre de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville d’ailleurs que tout a commencé aussi pour vous ?

Je pense que c’est une relation passionnée, viscérale même, plus que passionnelle, car cet adjectif me semble recouvrir un aspect potentiellement négatif alors que le cinéma n’est à l’origine que d’évènements positifs dans mon existence. Je pourrais dire la même chose de Deauville et des festivals de cinéma, et en particulier de celui-ci. L’écriture, le cinéma, Deauville, les festivals : tout cela est pour moi indissociable puisque c’est là, à Deauville, que tout a commencé, en effet, même si, ensuite, il y a eu Cannes et d’autres festivals qui ont encore exacerbé ma passion, déjà vivace, pour le cinéma et ses festivals.

Depuis plusieurs années, vous êtes accréditée pour participer aux principaux festivals de cinéma, et vous tenez un blog très actif : in the mood for films festivals . Votre roman Les Orgueilleux est-il totalement inspiré de votre propre vécu au cours de tous les festivals auxquels vous avez pu participer ?

En fait, j’ai… 7 blogs, dont 5 sur le cinéma et Inthemoodforfilmfestivals.com est le plus récent, mais c’est vrai que ce sont les festivals de cinéma qui sont à l’origine de mes blogs, il y a plus de 9 ans pour le premier d’entre eux, et c’est même en particulier le Festival du Cinéma Américain de Deauville que je fréquente chaque année depuis l’adolescence, quoi qu’il arrive. Ce sera mon 20e Festival du Cinéma Américain de Deauville cette année, et j’y retourne toujours avec autant d’enthousiasme, d’une part parce que j’apprécie tout particulièrement la programmation de ce festival qui représente aussi de douces réminiscences de mes débuts festivaliers, et d’autre part pour l’atmosphère de Deauville si particulière, paradoxale même, que je trouve ainsi d’une mélancolie joyeuse.

Puis, j’ai gagné des concours d’écriture (de critiques, de lettres de motivations, etc.) qui m’ont permis d’être une dizaine de fois membre de jurys dans des festivals de cinéma. Au départ, je participais à ces concours pour me distraire de mes études en droit puis en sciences politiques aussi sérieuses que passionnantes, mais surtout parce que je suis passionnée de cinéma depuis l’enfance, parce que je n’évoluais pas du tout dans un milieu cinématographique ou même artistique et que c’était une manière de vivre ma passion. Ces différentes participations à des jurys (qui furent à chaque fois de singulières et enrichissantes expériences) puis, plus tard, mes blogs et mes études, m’ont en effet permis d’être accréditée presse très tôt dans les principaux festivals de cinéma comme Deauville ou Cannes, où je serai d’ailleurs dans quelques jours, pour la 13e année consécutive. Autant de festivals que d’expériences incroyables, de rencontres singulières, de moments à la frontière de la fiction et de la réalité qui sont des sources d’inspiration inépuisables pour inventer des histoires, un festival étant vraiment une « Comédie humaine », un révélateur de personnalités aussi, un véritable théâtre des apparences derrière (ou devant) le cinéma qui, heureusement, en ressort toujours vainqueur. La concentration spatio-temporelle d’un festival est par ailleurs propice à l’instauration de tensions, de sentiments contrastés, passionnés, vifs et parfois même violents… en tout cas très romanesques !

Les personnages des « Orgueilleux » sont forcément inspirés de personnes que j’ai pu croiser et observer, mais le récit n’est en revanche nullement autobiographique même si la passion pour ce festival en particulier et le cinéma, que reflète le roman, sont en revanche bien autobiographiques. Pour le reste, il s’agit entièrement d’une fiction.

Elle est d’ailleurs délibérément très cinématographique, dans le fond comme dans la forme. J’ai voulu édifier ce « roman cinématographique » comme une sorte de puzzle à la construction duquel chaque personnage contribue, les personnages secondaires qui peuvent paraître nombreux constituant ainsi chacun une pièce du puzzle, un rouage indispensable de cette mécanique fatale. Chacun joue ainsi un rôle déterminant dans cette tragédie des apparences.

J’ai d’ailleurs ensuite écrit un recueil de nouvelles, Ombres parallèles, à paraître prochainement, toujours chez Numeriklivres, qui se déroule dans divers festivals de cinéma parce que j’avais encore beaucoup à dire ensuite et de manière différente sur les festivals de cinéma, et pas forcément celui-ci, avant de passer à d’autres sujets, loin du cinéma.

Il y a quelque chose de presque tragique dans la façon dont les acteurs, dans votre roman, sont déconnectés de la « vraie » vie, comme s’ils avaient perdu le sens de leur existence, comme s’ils s’étaient perdus entre les différents rôles qu’ils ont joués dans leur carrière. Est-ce que vous pensez que c’est irrémédiable, cette attitude, qui pousse les acteurs (et pas que ceux de votre roman) à toujours garder un masque, à être en représentation ?

Un festival est en effet un théâtre sur la scène duquel tous ces personnages sont en représentation. Un festival a son propre rythme, déconnecté de la réalité, ce qui aboutit souvent à une douce ou violente (plutôt violente, ici) confusion entre la fiction et la réalité. Je pense que les « acteurs » des festivals, mais les acteurs au sens large pas seulement les comédiens, interprètent un rôle, mais ce qui m’intéresse, c’est justement ce que dissimule le masque, les failles et les fêlures que cache l’orgueil qui est ici, dans ce roman, aussi une arme fatale, l’outil d’une vengeance. Quant aux acteurs, les comédiens cette fois, j’ai beaucoup d’empathie pour eux qui doivent en effet constamment être en représentation, jouer leur propre rôle, dépendre du regard des autres pour (se sentir) exister. Je voulais d’ailleurs que ce roman soit lui-même un peu déconnecté de la vraie vie, que la frontière entre fiction et réalité y soit particulièrement étanche.

Vous êtes également scénariste. On imagine que vous aimeriez porter à l’écran cette magnifique histoire, avez-vous déjà pensé à des acteurs précis pour incarner vos personnages, notamment Martin Rastello et Claire Blanchard ? Et Jenny, l’actrice vieillissante qui ne sort pas de l’ombre de Martin ?

Pour être exacte, c’était au départ un scénario, tout comme Le Brasier d’ailleurs, et c’est surtout un projet qui a connu de multiples mésaventures ! C’était mon scénario de fin de Master 2 professionnel de cinéma qui a ensuite beaucoup évolué et qui a même failli voir le jour. C’était il y a 7 ans. Je l’ai ensuite adapté en roman, pour le plaisir, et ne pas faire mourir totalement cette histoire à laquelle je tenais et tous mes personnages. Mais je ne l’aurais peut-être pas ressorti de mes tiroirs si Numeriklivres ne m’avait pas demandé d’autres textes, après la publication du Brasier. Lorsque j’ai adapté mon scénario Les Orgueilleux en roman, j’ai fait un travail d’adaptation à l’envers, ce qui était assez complexe, car le scénario était un hommage à Balzac et à sa Comédie humaine, il a donc fallu changer pas mal de choses pour que ces références subsistent, de manière plus ou moins ostensible d’ailleurs, mais ne soient pas non plus trop présentes.

J’avais en réalité écrit le scénario pour un acteur en particulier, ce qui était très ambitieux, voire présomptueux, un acteur dont de nombreux films sont à l’origine de ma passion pour le cinéma : Le Guépard, La Piscine, Rocco et ses frères, Monsieur Klein, Le Samouraï, Le Clan des Siciliens, Le Cercle rouge, Plein soleil… et je m’étais toujours dit que le premier scénario que j’écrirais lui serait destiné, à Alain Delon donc. Encore une fois, c’était sans doute très présomptueux, mais, qui sait, peut-être fallait-il que le projet prenne ce chemin détourné pour aboutir et pour devenir ce « roman cinématographique ». Quant aux autres comédiens, mon casting idéal serait Pierre Niney dans le rôle du journaliste Lucas Valentin, Clémence Poésy dans celui de Claire Blanchard et enfin Anouk Aimée dans celui de Jenny. À bon entendeur… 🙂

Propos recueillis par Anita Berchenko

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