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Christophe Kauffman : l’autre théorie du chaos !

kauffman3dsimpleUn thriller sombre, teinté de fantastique. Une dérive au cœur des tréfonds les plus sombres (et parfois les plus ridicules) d’une humanité en recherche d’elle-même. Une déflagration dans le silence d’un hiver ardennais. Voici comment Christophe Kauffman, un auteur auquel le noir ne fait pas peur, définit son roman, Chaos blanc, qui trouve sa place dans notre collection Noir, c’est noir.

Vous présentez votre rapport à l’écriture de la façon suivante : 

Dans le grand désordre du monde, écrire est une façon de trouver un chemin. Pas forcément le bon chemin, mais un chemin…

Au fond, si quelque chose maintient une cohérence, un fil d’Ariane dans mon existence, c’est sans nul doute l’écriture. Je plonge dans les histoires que j’invente comme on plonge dans la mer : sans en connaître la profondeur et sans savoir quels êtres étranges ou dangereux on peut y rencontrer. Mais j’ai toujours hâte de les croiser…

Mon univers créatif est multiple sans doute, mais toujours centré sur l’humain (quand bien même cet humain aurait des pouvoirs un peu… particuliers). Je n’ai pas écrit que des romans. L’envie ou le besoin de réagir passent également par le théâtre, le conte, la poésie ou le billet d’humeur.

Si je savais dessiner, je ferais certainement de la BD… À défaut, mes pinceaux sont les mots et mes couleurs les émotions.

Quelles sont vos influences, en BD comme en littérature, et quelles sont vos sources d’inspiration ?

Influencé par beaucoup d’auteurs des littératures de l’imaginaire. Stephen  King, bien entendu, mais aussi Dan Simmons, Serge Brussolo, Pierre Bordage. Par quelques auteurs de polar, bien sûr : Fred Vargas, notre Simenon national, Loevenbruck… Je trouve mes sources d’inspiration dans la chanson également. Mon univers intérieur est assez musical : Ferré, Brel, Brassens, Vian, bercent mes trajets en voiture et me fredonnent souvent qu’on ne peut vivre que debout. Pierre Desproges me rappelle qu’on ne peut vivre debout qu’avec humour.

En BD, Loisel (son Peter Pan est une merveille), Larcenet (Blast est résolument énorme), et un tas d’autres (ma collection de BD n’est arrêtée que par les murs non extensibles de ma maison)…

Mais faut-il vraiment parler d’influence ? Tous ces artistes ont construit ce que je suis, je les ai mangés, digérés (ou pas), adulés parfois, mais sans jamais chercher à les imiter. Ils sont plutôt d’éternels professeurs, des maîtres auprès desquels je vais chercher des conseils…

Votre roman Chaos blanc plonge le lecteur dans une sorte d’apocalypse, dans un monde qui peu à peu bascule dans une « folie collective », chacun révélant sa face sombre. Vous avez une certaine violence d’ailleurs, non dénuée d’humour, dans le traitement que vous infligez à vos personnages. Est-ce un thème qui vous tient particulièrement à cœur, cette notion de transformation de la personnalité, ce basculement de l’humain dans un chaos intérieur ?

 Je pense que le monde a déjà basculé dans une folie collective, et depuis un bon moment… Hélas bien souvent nous sommes incapables de le voir, nos yeux doivent être dessillés…

L’évolution de l’homme, ses transformations au cours de sa vie ou au fil d’une aventure, sa capacité à s’adapter aux évènements qui traversent son existence sont au cœur de mon travail. Cette transformation ne va pas automatiquement vers le chaos d’ailleurs… Elle peut se faire pour le pire ou pour le meilleur, mais ce qui m’intéresse particulièrement c’est le chemin qui est pris, l’épreuve que cela suppose, la quête que cela implique. Cette transformation me semble être métaphorique de nos vies de façon générale. Que faisons-nous d’autre au cours d’une existence qu’apprendre, qu’engranger des expériences (des réussites ou des échecs) qui nous apprennent à être nous-mêmes, et comment être humains.

La littérature me permet d’infliger des épreuves particulièrement difficiles à mes personnages pour voir comment ils finissent par s’en tirer (ou pas d’ailleurs, mais ça ils le décident eux-mêmes…)

Piotr, le personnage à l’origine de l’horreur qui s’installe dans le petit village des Ardennes belges, est un jeune Rom. Pourquoi avoir choisi un Rom, est-ce en corrélation avec l’actualité récente sur le traitement des Roms en France et dans d’autres pays européens ? 

Bien entendu, mais sans en faire un livre politique au sens commun du terme. Mes romans sont régulièrement parsemés de prises de position (souvent ironiques, parfois désabusées, mais avec humour) sur la vie telle que nos dirigeants nous la proposent. Il me fallait un personnage à la fois faible et dépositaire d’un terrible talent.

Un jeune Rom était presque une évidence.

Son histoire est sans doute une métaphore discrète du traitement que l’on inflige encore trop souvent à l’étranger de façon générale et au peuple rom en particulier : pourchassé, craint, détesté, accusé de tous les maux… mais trop rarement compris ou même simplement entendu. Notre société qui a sombré dans un néolibéralisme ridicule et dangereux ne supporte plus qu’on lui montre d’autres façons de vivre, d’exister, de se réaliser… Ce qui est en dehors des voies royales de la consommation à tous crins est généralement très négativement connoté.

D’autre part, il y a chez les gens du voyage quelque chose de terriblement attirant pour moi qui suis plutôt fermement ancré dans mon lieu de naissance et qui voyage plus à travers mes lectures qu’avec une voiture.

Vous nous servez un texte à l’écriture noire, avec un humour assez grinçant. Est-ce une écriture que vous allez continuer à explorer, la noirceur du monde et de l’âme humaine ?

L’humour grinçant est une seconde nature chez moi. Je peux l’éviter, mais il faut que je me surveille… Je suis nourri au Desproges (je crois que je suis tombé dedans quand j’étais tout petit et depuis les effets sont permanents chez moi).

Donc, oui, je vais continuer à explorer les noirceurs du monde et des hommes. Je vais le faire parce qu’il m’est impossible d’observer le monde sans avoir envie d’en rire (même si le rire est un peu jaune parfois).

L’humour est tout ce qui reste quand il semble que plus rien ne tourne rond. Anarcho sybarite que je suis, c’est le seul plaisir que je ne me mesure pas…

Propos recueillis par Anita Berchenko

Chaos Blanc de Christophe Kauffman

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