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[PAROLES D’AUTEUR] Christopher Selac : « La magie des mots et l’imaginaire du lecteur font le reste »

collage_selacSur fond de crise pétrolière, d’écoterrorisme et de pouvoir occulte des grands groupes industriels internationaux étroitement liés aux instances politiques, ce thriller plein d’action, au rythme soutenu, non dénué d’humour, n’a pas fini de nous bousculer, au même titre que l’auteur bouscule ses personnages. Une intrigue dont les multiples fils s’emmêlent, et que Christopher Selac se fait un plaisir de démêler. Un grand roman, assurément, qui vient enrichir la collection Numerik polar.

Tout d’abord, une petite présentation de votre face « auteur », votre rapport à l’écriture, vos influences, votre démarche :

L’écriture m’a pris très jeune, des écrits volatils, courts, jusqu’à un voyage scolaire, au collège, au cours duquel un professeur m’a vu écrire, dans le bus, a demandé la permission de lire, puis de lire mes autres textes, pour finalement m’encourager à en faire une activité régulière. Les feuilles volantes se sont alors transformées en cahiers, accumulations de petits textes, des nouvelles, et quelques centaines de poèmes.

Dans le même temps, j’écumais donc la bibliothèque familiale, où Jules Verne et Agatha Christie, mais aussi Stevenson, Conan Doyle… occupaient des places importantes. Les auteurs classiques français, les romans du XIXe, Hugo, Zola… les pièces de théâtre étudiées au collège, Baudelaire, ont eu aussi, mais de façon sans doute plus souterraine, un impact sur la formation de mon écriture. Ces dernières années, mes lectures étaient majoritairement orientées vers les romans policiers et les thrillers, notamment les contemporains américains, James Ellroy, Dan Brown, Harlan Coben, John Grisham, James Patterson…

La conviction – l’objectif – d’écrire un roman avant mes trente ans s’est forgée à l’adolescence. Après deux tentatives, le déclic s’est produit en 2007, accompagné par la lecture du livre d’Elizabeth George, Mes secrets d’écrivain, qui a aussi permis de lever mes derniers blocages. Mon premier roman, L’Affaire des Jumeaux de Bourges, a finalement jailli au cours du premier semestre 2008. C’est à la fin de son premier jet que la nécessité de continuer à écrire des romans s’est imposée. L’expression Un dollar le baril est arrivée à ce moment-là, et avec elle l’idée fondatrice du roman qui allait suivre.

Un dollar le baril, c’est un peu l’opposition de deux mondes, le grand capitalisme d’un côté, et l’écologie dans ce qu’elle a d’alternatif, dans ses revendications d’un « autre modèle de société », de l’autre. Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir ces thèmes ? Comment vous placez-vous vous-même face à cette opposition ? 

Le printemps 2008, au cours duquel j’ai vécu un quasi baby-blues avec mon premier roman, était riche d’une actualité multiple, dominée par l’envolée des prix du pétrole, qui faisait presque tous les jours l’ouverture des journaux télévisés. On nous donnait, d’une certaine façon, le bulletin de santé et le pouls d’un monde malade, dont personne ne savait si son état allait empirer ou au contraire guérir. J’ai eu la sensation, d’abord diffuse, puis de plus en plus vive en observant la conjonction des différentes actualités (politiques, économiques, sociales, internationales), que nous vivions un tournant. Les mois suivants et l’amplification de la crise n’ont fait que renforcer cette intuition.

Dès juin 2008, écrire sur le sujet est devenu une évidence. Je voulais faire de ce roman un nouveau défi, sur ce thème universel, et donc m’éloigner du policier pour le thriller à l’américaine. C’était aussi l’occasion de m’interroger sur ma propre vision, ma propre position sur toutes ces questions, et d’y chercher des réponses, sous la forme d’un livre qui reste divertissant, mais qui comporte plusieurs niveaux de lecture, et incite à réfléchir sur l’évolution de nos sociétés.

De fait, les deux mondes qui s’opposent dans Un dollar le baril sont volontairement excessifs, extrêmes dans leur façon de promouvoir et de défendre leur vision du monde, les bases sur lesquels chacun se construit. Ils luttent pour s’approprier le même moyen d’arriver à deux fins diamétralement opposées, sans qu’au final les méthodes qu’ils emploient soient très différentes, même si les uns se veulent plus respectables que les autres. Le mauvais est toujours dans le camp d’en face.

Votre galerie de personnages est extraordinairement variée, brossée avec beaucoup de talent et de réalisme. Comment procédez-vous pour créer toutes ces personnalités, vous puisez dans la réalité qui vous entoure ou simplement dans votre imagination ?

Merci pour le compliment, qui me touche vraiment. Les personnages sont le cœur du roman, quel qu’il soit. Je travaille beaucoup mes personnages principaux, en amont de la phase d’écriture proprement dite, sans pour autant aller aussi loin que certains auteurs. Je pars de traits de caractère ou de traits physiques que je grappille de-ci de-là, chez moi, chez des connaissances, des proches, des personnages publics. J’accorde un soin particulier à leur histoire personnelle, qui détermine leur comportement présent, les rôles qu’ils jouent, leur évolution au cours du roman. Je me contente de trois à quatre pages chacun, en me préservant des marges de liberté pour pouvoir laisser de la place à l’inspiration au moment de l’écriture.

Une des difficultés d’Un dollar le baril était la multiplicité de personnages principaux, leurs interactions, leurs complémentarités, leurs différences, les visions de la société qu’ils incarnent.

Pour les personnages secondaires ou très secondaires, l’approche est différente, ils apparaissent dans le canevas, la structure du roman, en une ou deux lignes, comme Marthe Hugon, surgie au cours d’une séance d’écriture de deux heures, un chapitre où j’ai pris beaucoup de plaisir.

La magie des mots et l’imaginaire du lecteur font le reste du travail, les personnages acquièrent une densité parfois telle qu’il s’y attache, s’identifie, partage ses sentiments et ses émotions.

On ne dévoilera rien de l’intrigue (des intrigues qui se croisent), mais la violence et la mort parsèment votre roman. Est-ce que pour vous la violence est le reflet de ces mondes qui s’opposent, et des réalités qui se jouent à l’échelle de ceux qui détiennent le vrai pouvoir, celui de l’argent ?

Le pétrole, le gaz, sont des ressources naturelles stratégiques pour les États, et en particulier pour les pays développés et les grandes puissances en développement, parce que nos modes de vie sont particulièrement fragiles, vulnérables, sensibles à l’énergie. Il faut une dizaine de millions d’années pour que le pétrole se forme dans la nature, et nous le consommons à une vitesse vertigineuse, sans cesse croissante. Depuis des années déjà, les rivalités industrielles et diplomatiques sur les questions énergétiques sont violentes, les exemples (ne serait-ce que la 2e guerre en Irak) ne manquent pas. Un roman qui explore ce sujet ne pouvait que l’être, lui aussi.

Et à plus forte raison lorsque demain, dans dix ans, dans trente ans, il arrivera un moment où la source se tarira. Si nous n’avons pas préparé, anticipé la transition énergétique – c’est le terme à la mode –, les ajustements seront nécessairement brutaux. L’instinct de survie n’est pas le propre de l’animal, de l’homme, il pourrait exister aussi à l’échelle d’États, de sociétés entières. Même en restant résolument optimiste, il est difficile de dissiper complètement une petite part d’inquiétude.

La fin du roman laisse penser (et on se plait à le penser) qu’il y aura une suite dans laquelle on retrouvera avec plaisir le duo Désirée Martin et Laurent Guillon, les officiers de police qui mènent cette enquête compliquée. Pouvez-vous nous le confirmer, et peut-être déjà nous allécher avec vos projets futurs ?

Laurent et Désirée se sont rencontrés, dans des circonstances déjà particulières, dans L’Affaire des Jumeaux de Bourges, mon premier roman. Désirée reviendra obligatoirement, car elle n’a pas livré tous ses secrets, notamment celui de ses origines. Damien Beausoleil, lui aussi, aura au moins une autre mission à remplir, mais de son côté !

À court terme, j’envisage de délaisser le genre policier/thriller pour un roman plus classique, plus intimiste. Un projet dont le nom de code est Trois cœurs en fusion, mais qui est peut-être trop ambitieux pour moi aujourd’hui. Construit autour des catastrophes japonaises vécues il y a bientôt deux ans, il est d’une certaine façon dans la continuité de mes réflexions développées dans Un dollar le baril, mais développées dans un registre complètement différent.

J’ai aussi beaucoup d’autres envies pour les années futures. L’écriture du premier jet d’Un dollar le baril a duré 14 mois, un marathon épuisant, beaucoup trop fractionné. Aussi, dans l’immédiat, ma problématique principale est de trouver plus de temps pour écrire, pour pouvoir conduire ces projets dans de bonnes conditions, avec une exigence toujours croissante, pour réussir à surprendre sans décevoir les lectrices et les lecteurs de mes deux premiers romans.

Propos recueillis par Anita Berchenko

Cliquez sur la couverture pour accéder à la fiche du roman

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